(Toronto) Deux des plus importants producteurs de cannabis au Canada s’associent dans une transaction qui les verra former le numéro un mondial du cannabis au chapitre du chiffre d’affaires et contrôler la plus grande part du marché de détail du pays.

Tara Deschamps
La Presse Canadienne

Aphria, établie à Leamington, en Ontario, et Tilray, de Nanaimo, en Colombie-Britannique, ont annoncé mercredi qu’elles fusionneraient sous le nom de Tilray — une décision qui, selon elles, les aidera à débloquer des économies de 100 millions et à se positionner pour dominer les marchés canadien et américain.

« Cette transaction rassemble deux sociétés de cannabis de premier plan, créant un leader mondial clair, renforçant notre empreinte mondiale et positionnant la nouvelle Tilray pour une croissance future », a affirmé le chef de la direction de Tilray, Brendan Kennedy, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers.

En vertu de l’accord, les actionnaires d’Aphria recevront 0,8381 action de Tilray pour chacune de leur action ordinaire d’Aphria, tandis que les détenteurs d’actions de Tilray ne verront aucun ajustement à leurs titres.

Une fois la transaction complétée, les actionnaires d’Aphria détiendront environ 62 % des actions de Tilray, sur une base complètement diluée.

Le président et chef de la direction actuel d’Aphria, Irwin Simon, dirigera la nouvelle entité. Le chef de la direction de Tilray, Brendan Kennedy, sera l’un des neuf membres du conseil d’administration de la nouvelle société, où il sera accompagné d’un autre employé de Tilray et de sept personnes d’Aphria.

Les entreprises ont expliqué que l’accord leur rapporterait un revenu pro forma de 874 millions et verrait la nouvelle entité contrôler plus de 17 % du marché de détail du cannabis — la plus grande part détenue par tout producteur autorisé au Canada.

« Mon objectif […] est de nous emparer d’au moins 30 % du marché au Canada, ce qui nous permettra de devenir un producteur à faible coût et nous donnera beaucoup de capacités ailleurs dans le monde », a précisé M. Simon.

MM. Simon et Kennedy estiment que l’accord entraînera des synergies annuelles d’au moins 100 millions pour les coûts avant impôts, dans les deux années suivant sa conclusion.

« Chez les producteurs canadiens autorisés, trouver des synergies et des économies de 100 millions est assez difficile », a souligné M. Simon.

La plupart des plus grandes entreprises de cannabis du pays, y compris les rivales Aurora Cannabis et Canopy Growth, ont passé l’année à mettre à pied des milliers de travailleurs, à fermer des installations et à inscrire des dépréciations de plusieurs millions de dollars.

Mais MM. Simon et Kennedy croient qu’ils sauront découvrir des synergies et des économies dans la culture et la production, l’achat et la vente de cannabis et de produits, le marketing et les dépenses d’entreprise.

Par exemple, les activités d’Aphria à Leamington seront en mesure de fournir un approvisionnement supplémentaire pour les marques de Tilray et de remplacer le recours aux achats de gros auprès d’autres producteurs autorisés, ont-elles indiqué.

En outre, l’installation de Tilray à London, en Ontario, pourra fournir à Aphria une capacité excédentaire pour augmenter la production d’articles comme les produits comestibles et les boissons.

Les deux entreprises envisagent également d’utiliser les installations existantes de Tilray à Nanaimo pour aider la marque Broken Coast d’Aphria à répondre à la demande croissante des consommateurs.

Les entreprises ont souligné mercredi qu’elles visaient également les États-Unis.

Plus tôt cette année, l’Arizona, le New Jersey, le Dakota du Sud, le Mississippi et le Montana ont voté en faveur de la légalisation du cannabis récréatif ou médical par l’entremise de référendums sur les bulletins de vote de l’élection américaine, ce qui pourrait ouvrir la voie à un mouvement de légalisation plus national aux États-Unis.

« La légalisation s’en vient et qui d’autre y est mieux préparé que nous ? » a observé M. Simon.

La nouvelle Tilray veut se positionner pour profiter du marché et conservera des bureaux à New York et Seattle, en plus de Toronto, Leamington, l’île de Vancouver, le Portugal et l’Allemagne.

Les actions de la nouvelle société seront négociées sur le NASDAQ sous le symbole boursier TLRY.

Les conseils d’administration des deux producteurs ont unanimement approuvé la transaction, qui devrait être conclue au deuxième trimestre de 2021.