Les investisseurs ont reçu avec un haussement d’épaules lundi la publication d’un rapport confirmant « l’efficacité » de la technologie de Loop Industries, cette entreprise de recyclage de plastique de Terrebonne récemment malmenée en Bourse.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le titre de Loop a reculé de 8 % lundi au NASDAQ pour clôturer à 9,32 $ US. Le titre a néanmoins rebondi de près de 70 % depuis son creux d’octobre, atteint dans la foulée d’un rapport accusateur de la part d’un vendeur à découvert mettant en doute sa technologie.

Loop se présente comme une entreprise dont la technologie permet de dépolymériser le plastique PET (polyéthylène téréphtalate) en ses composantes de base, DMT (téréphtalate de diméthyle) et MEG (monoéthylène glycol).

Ces monomères sont utilisés pour produire le plastique PET qu’on retrouve dans les bouteilles et autres types de plastique pour emballage, ainsi que les fibres de polyester. L’entreprise affirme que tous les contaminants, colorants, déchets, roches, ketchup, mayonnaise, etc. sont éliminés avec sa technologie.

Loop a présenté lundi un rapport qualifié d’indépendant signé par Kemitek, un centre de recherche de Thetford Mines, confirmant cette technologie.

Pour le processus de vérification, les représentants de Kemitek ont passé 16 jours aux installations de Loop à Terrebonne, est-il indiqué. Le mandat consistait à valider de A à Z chaque étape du procédé technologique.

« La vérification n’avait pas pour objectif de valider le rendement ou la viabilité économique du procédé », est-il toutefois précisé.

« On négocie nos prix avec nos partenaires et nos clients. C’est certain qu’on ne communique pas l’histoire financière dans un rapport. Kemitek n’a pas la capacité ou l’expertise pour évaluer combien coûte l’achat du matériel entrant et le prix de vente aux clients », commente le fondateur et PDG de Loop, Daniel Solomita.

« Tout le monde a une perception différente de la rentabilité. Nous sommes très confiants que notre technologie sera très rentable et que nous pourrons la commercialiser. C’est pourquoi nos partenaires travaillent avec nous », ajoute le principal actionnaire de Loop.

La participation de Daniel Solomita dans Loop s’élève à 45 %. Cet entrepreneur de 44 ans soutient que les premiers revenus industriels de Loop seront générés en 2023.

Daté du vendredi 11 décembre, le rapport rédigé par Kemitek a été déposé lundi auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC). Loop avait commandé cette validation externe à Kemitek après la publication il y a deux mois d’un rapport de recherche de la firme new-yorkaise Hindenburg dans lequel le manque d’expérience des dirigeants de Loop ainsi qu’une « technologie qui ne produit pas de résultats » étaient dénoncés.

Hindenburg avait à ce moment précisé avoir vendu des actions de Loop à découvert, ce qui plaçait cette firme en position avantageuse advenant un repli de l’action de Loop sur les marchés. La direction de Loop avait rapidement nié les allégations, mais le titre avait largué 33 % de sa valeur en une séance en réaction à ce rapport.

Spécialisée dans les domaines de la chimie verte et le pilotage de procédés, Kemitek se décrit comme une organisation sans but lucratif affiliée au cégep de Thetford Mines.

Le rapport déposé lundi auprès de la SEC est signé par le directeur scientifique de Kemitek, Alain Tremblay. Il est indiqué que ce dernier avait la pleine autonomie sur la façon de mener la vérification.

Même si la vérification s’est réalisée de façon indépendante, peut-on lire, il est souligné que Loop a rémunéré Kemitek pour ce mandat, « comme tous les clients de Kemitek le feraient ». Loop a été un client « occasionnel » de Kemitek au cours des dernières années pour des tests spécifiques effectués chez Kemitek sous la supervision de Loop.

« Ces contrats ont représenté une petite proportion des revenus de Kemitek (moins de 5 % en 2019-2020 par exemple) », est-il indiqué.

Loop a présentement des installations pilotes à Terrebonne et prévoit le début de la production commerciale en usine pour 2023.