Les actionnaires de Transat devront déterminer ce mardi s’ils acceptent l’offre d’achat d’Air Canada même s’ils ignorent s’il s’agit de la seule offre disponible.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Une assemblée virtuelle des actionnaires est prévue à 10 h, mardi matin, pour accepter ou rejeter l’offre. Air Canada promet 5 $ au comptant ou 0,2862 de ses propres actions en échange de chaque action de Transat. La deuxième option avait une valeur de 7,47 $ par action à la fermeture des marchés, lundi, compte tenu du prix de l’action d’Air Canada (26,10 $).

Le vice-président aux ressources humaines et affaires publiques de Transat, Christophe Hennebelle, a refusé lundi de confirmer que l’offre d’Air Canada était la seule à avoir été présentée au conseil d’administration de Transat.

« La convention d’arrangement [avec Air Canada] prévoit que si nous recevons une offre et que le conseil la juge supérieure, nous l’annonçons par voie de communiqué, a-t-il répondu par écrit. Pas d’autre commentaire. »

Une porte-parole de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau, Annick Bélanger, a elle aussi fourni une réponse évasive à savoir si celui qui a déjà fait connaître son intérêt par le passé avait récemment couché cet intérêt sur papier.

« Monsieur Péladeau suit de près la situation, comme plusieurs, a-t-elle écrit. Cela dit, juridiquement, il ne lui est pas possible de la commenter. »

Cette réponse tranche avec celle de Vincent Chiara, président du Groupe Mach, dont les offres pour Transat avaient forcé Air Canada à faire passer la sienne de 13 $ à 18 $ par action.

« Non », a simplement répondu M. Chiara lorsque questionné lundi à savoir s’il avait déposé une nouvelle offre.

« Bizarre »

Pour le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, Michel Nadeau, la réponse de Transat étonne. Une offre déposée après celle d’Air Canada serait normalement au moins équivalente à celle-ci, rappelle-t-il.

« Quand on dit que le conseil ne la juge pas supérieure, c’est très arbitraire comme jugement, croit-il. Que les actionnaires ne soient pas informés d’une autre offre, je trouve ça bizarre. »

Selon nos informations, l’offre d’Air Canada est largement préconisée à l’intérieur de l’entreprise, notamment par le syndicat des pilotes. On craint que l’achat par un groupe sans expertise dans le transport aérien ne se transforme en gouffre financier et ne menace la carrière des pilotes.

Pas de coup de fil d’Ottawa

En téléconférence avec les analystes financiers pour discuter des résultats du quatrième trimestre dévoilés vendredi, le président et chef de la direction de Transat, Jean-Marc Eustache, a montré du doigt l’inaction d’Ottawa.

Plus d’un mois après l’annonce par le ministre des Transports Marc Garneau du début de discussions avec les transporteurs aériens en vue d’une aide fédérale, Transat « attend toujours un appel », a indiqué M. Eustache.

« On dirait que les transporteurs canadiens sont pénalisés pour avoir eu de solides bilans avant la pandémie, a-t-il ajouté. Nous étions capables de résister pendant un moment, alors on ne nous aide pas. »

L’effet de cette absence d’aide commence déjà à se faire sentir, selon lui, alors que les transporteurs canadiens auraient déjà cédé 11 % de parts de marché à leurs concurrents européens entre les mois de mai et d'août.

Aux Finances

Compte tenu des sommes à l’enjeu, c’est dorénavant au bureau de la ministre des Finances Chrystia Freeland, plutôt qu’à celui de M. Garneau, qu’a été transféré le dossier des négociations avec les transporteurs aériens.

L’attachée de presse de Mme Freeland, Katherine Cuplinskas, a refusé lundi de préciser s'il y avait eu des discussions avec Transat.

« Le gouvernement du Canada s’engage à soutenir les compagnies aériennes – y compris Air Transat – et les travailleurs du secteur aérien au cours de cette période difficile et sans précédent pour l’industrie », a-t-on simplement indiqué.

Selon Mme Cuplinskas, le gouvernement a déjà versé 1,4 milliard de dollars en soutien au secteur aérien par l'entremise de la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC).

M. Eustache a minimisé l’importance de cette aide.

« Nous avions effectivement touché 106 millions de la SSUC à la fin octobre, et nous en sommes très reconnaissants, a-t-il déclaré. Mais les deux tiers étaient pour des salaires à des employés pour qui il n’y avait pas de travail. Si le programme n’avait pas existé, ces employés auraient été mis à pied et auraient reçu la Prestation canadienne d’urgence (PCU) ou de l’assurance-emploi. Cela nous laisse 38 millions pour des employés qui sont au travail. C’est bien, mais c’est peu en comparaison de ce qui est nécessaire ou de ce qui a été fourni à d’autres. »

Selon nos informations, le fédéral a demandé aux transporteurs avec qui il a amorcé des discussions d’ouvrir leurs livres, histoire d’être bien au fait de leur situation financière, et donc d’avoir une base pour élaborer un plan d’aide financière.

Et dans le cadre du processus, le gouvernement veillera à ce que les Canadiens dont les billets ont été annulés en raison de la COVID-19 soient remboursés, tel qu’indiqué dans l’énoncé économique du 30 novembre dernier. Le rétablissement des routes régionales est une autre condition mise de l’avant par Ottawa.

– Avec la collaboration de Mélanie Marquis, La Presse