Québec et Ottawa allongent respectivement 160 et 70 millions pour concrétiser le projet d’usine de production de biocarburants à Varennes, avec pour objectif de permettre de « nouveaux débouchés » pour la biomasse forestière des scieries et les résidus des centres de tri. On prévoit la création d’environ 600 emplois.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Le projet était attendu depuis plusieurs années ; sa construction avait déjà fait l’objet d’une annonce en 2012, par le gouvernement libéral de l’époque. Le Québec n’avait jusqu’ici une seule usine de ce genre, forçant la province à importer des biocarburants, a indiqué mardi le premier ministre François Legault.

« Ça rejoint deux de nos priorités : l’économie, créer de la richesse, et l’environnement, avoir moins de GES. Sur 60 États et provinces en Amérique du Nord, le Québec est déjà l’État où il y a le moins de GES par habitant. Par contre, il ne faut pas s’arrêter là », a martelé le chef de la CAQ, en mêlée de presse au palais des Congrès, en disant vouloir s’inscrire dans une « nouvelle économie verte ».

Un prêt et un placement en parts d’une valeur de 80 millions chacun seront accordés par Investissement Québec à Enerkem, une société spécialisée en technologies de valorisation des matières résiduelles qui compte 150 salariés, et dont le siège social est basé à Montréal. Le projet est évalué à 687 millions de dollars. Shell Canada et Suncor Energy soutiennent le projet, ce qui rassure le premier ministre.

On a des partenaires qui mettent de l'argent, qui prennent un risque [...], donc ils vont être stressés que ça réussisse. Ça me rend très confiant.

François Legault, premier ministre du Québec

Enerkem, dont les trois principaux actionnaires sont étrangers, assure que cela n'affecte pas les revenus qu'il engendrera au Québec. « Les emplois sont ici. Mais c'est sûr qu'au fil du temps, on s'est financés avec les gens qui ont cru en nous, ce qui inclut des actionnaires étrangers », a reconnu le chef de la direction de l'entreprise, Dominique Boies.

La ministre fédérale du Développement économique, Mélanie Joly, a parlé d'une lutte en cours « entre différents pays pour attirer les meilleurs emplois ». « On veut faire partie du peloton de tête », a-t-elle illustré, en soutenant qu'il importe d'attirer de la main-d'oeuvre spécialisée au pays.

50 000 voitures

Au-delà du site en lui-même, l’investissement inclut aussi l’installation par Hydro-Québec d’un électrolyseur de 88 mégawatts capable de produire de « l’hydrogène vert », afin de remplacer lorsque possible les énergies fossiles dans le secteur industriel, le secteur des transports et le chauffage des bâtiments. Le tout est évalué à 190 millions.

À Varennes, la production de biocarburants sera effectuée « à partir de résidus de biomasse forestière et de matières résiduelles non recyclables », indique-t-on dans un communiqué. Quelque 500 emplois seront créés pendant la construction de l’usine, et près de 100 autres le seront peu après, quand les lieux seront exploitables.

Selon des chiffres fournis par les autorités mardi matin, le projet réduira les émissions de gaz à effet de serre d'environ « de 170 000 tonnes de CO2 » par année, soit l'équivalent de 50 000 voitures sur les routes. Les retombées économiques annuelles sont d'environ 85 millions pour le Québec.

Enerkem prévoit que son usine permettra de convertir plus de 200 000 tonnes de matières résiduelles non recyclables et de biomasse forestière résiduelle, et de produire 125 millions de litres de biocarburants chaque année. L'entreprise possède une usine à Edmonton, en plus de gérer un centre de recherche à Montréal.

Notons qu’Ottawa participe aussi financièrement au projet, avec une contribution financière « non remboursable » évaluée à 74 millions. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) ajoute enfin une somme de 2,5 millions, via son programme Innovation Bois.

« Ça s’inscrit dans notre volonté de rendre le Canada carboneutre d’ici 2050. C’est ce à quoi les Québécois s’attendent, particulièrement nos plus jeunes : qu’on en fasse toujours plus pour confronter la crise des changements climatiques », a conclu Mme Joly.