Après deux ans et demi de grandes difficultés financières, Louis Garneau Sports peut enfin souffler. Un plan de relance et un nouveau partenaire d’affaires permettront au fabricant d’équipement sportif de rester à flot.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

« Ça a été la course la plus difficile de ma vie », raconte Louis Garneau au bout du téléphone. En mars dernier, l’homme d’affaires et ex-athlète s’est placé à l’abri de ses créanciers. Son usine de Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, a été fermée et soixante-six employés ont été remerciés.

Je n’avais jamais connu ce genre de douleur. J’avais peur de faire mal à ma famille, à mes employés. Je faisais semblant de bien aller parce que je ne voulais pas briser le moral de mes troupes.

Louis Garneau

Près de neuf mois plus tard, le groupe a enfin le vent dans le dos. La firme d’investissement montréalaise Corporation Financière Champlain inc. a annoncé se joindre au fleuron québécois lors d’une conférence de presse mardi.

Un récent prêt de 5 millions $ d’Investissement Québec et une marge de crédit de 10 millions $ de la Banque Nationale du Canada complètent les fonds obtenus par l’entreprise québécoise pour maintenir son siège social. Ces investissements garantissent le maintien d’environ 70 employés au Québec. Certains travailleurs qui ont été mis à pied en mars ont aussi été rappelés.

PHOTO LE SOLEIL, ARCHIVES YAN DOUBLET

Louis Garneau demeure le principal actionnaire et le président du conseil d’administration de l’entreprise.

« On a senti la conscience d’[Investissement Québec] à sauver une marque québécoise et à nous donner une seconde chance », explique l’homme d’affaires, qui a d’ailleurs profité de son annonce pour réitérer l’importance de protéger les marques québécoises grâce à un fonds spécial.

Si M. Garneau demeure le principal actionnaire et le président du conseil d’administration, les activités de l’entreprise passent sous la direction de Jean-Marc Jahoo, qui a travaillé chez le géant américain Philips. Les finances, elles, relèvent maintenant de Nathaly Labbé.

L’homme d’affaires nie qu’il est en train de passer le flambeau. « Oui, j’ai pensé à prendre ma retraite la dernière année, mais j’ai toujours la flamme du vélo. Maintenant, je me sens moins seul. »

Libéré du contrôle des opérations, il compte se concentrer sur sa véritable passion, l’innovation et le développement de produits.

Nouveau départ optimiste

Le plan de relance de l’entreprise québécoise s’effectuera par un montage financier de 25 millions $. L’objectif est de générer un chiffre d’affaires de 200 à 300 millions d’ici quelques années.

Pour y arriver, le groupe mise sur l’exploitation de nouvelles technologies et le commerce électronique, « deux conditions essentielles à la compétitivité des entreprises aujourd’hui », a fait valoir l’entreprise.

Louis Garneau Sports met aussi un arrêt définitif à sa production manufacturière au Québec. Elle se fera principalement au Mexique, où il y a environ 125 travailleurs. La compagnie exploite aussi quelques sites aux États-Unis, en France et possède un bureau d’approvisionnement en Chine.

La restructuration devrait lui coûter quelque 40 millions $ en recettes annuelles, mais son président reste confiant d’atteindre ses cibles. La crise sanitaire a provoqué un engouement des activités extérieures comme le cyclisme, le ski de fond et la raquette.

« Même avant la pandémie, on était déjà dans un virage historique du transport. Les transports écologiques comme le vélo vont devenir extrêmement importants dans les prochaines années », estime l’ancien cycliste.

Pour l’instant, il se réjouit de cette victoire qui vient achever un « Grand Tour tumultueux », déjà prêt pour un autre tour de piste.