(Montréal) Une entreprise américaine détenue en partie par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a coupé l’herbe sous le pied de GardaWord en concluant une entente pour acquérir le géant de la sécurité G4S, également convoité par la multinationale québécoise.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Allied Universal a accepté de payer 245 pence – soit environ 4 % de plus que la dernière offre de GardaWorld – pour chacune des actions de la société établie à Londres dans le cadre d’une offre évaluée à environ 6,7 milliards CAN. Estimant que la proposition est « juste et raisonnable », les administrateurs de la compagnie britannique ont l’intention de recommander aux actionnaires de l’accepter.

L’accord, annoncé mardi, a une fois de plus pavé la voie à des critiques de GardaWorld à l’endroit du bas de laine des Québécois, deuxième actionnaire en importance d’Allied avec une participation d’environ 35 %.

« Le comportement et le manque de leadership de la direction de la Caisse qui a plutôt décidé d’appuyer un concurrent américain […] est une disgrâce envers l’ensemble des entrepreneurs québécois, a indiqué la société montréalaise, dans une déclaration. Il s’agit de toute évidence d’un sérieux avertissement à l’effet qu’il ne faut jamais tenir tête à la Caisse sans faire face à de graves conséquences. »

Le fondateur et président et chef de la direction de GardaWorld, Stéphan Crétier, n’était pas disponible pour accorder des entrevues. La CDPQ ne fait pas partie du montage financer qui doit permettre à Allied d’acquérir G4S.

Les enchères ont monté

À la fin octobre, Allied avait proposé une offre hautement conditionnelle d’au moins 210 pence par action qui avait été rejetée. Si la transaction se concrétise, l’entité comptera quelque 750 000 employés répartis dans 80 pays en plus de générer des revenus annuels de 18 milliards US. En comparaison, GardaWorld emploie 102 000 salariés en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie ainsi qu’au Moyen-Orient.

« La combinaison de G4S et d’Allied se traduira par la création d’un leader mondial de la sécurité », a fait valoir dans un communiqué le chef de la direction de G4S, Ashley Almanza.

Sur le parquet de la Bourse de Londres, l’action de la compagnie britannique s’est appréciée de 3,15 % pour clôturer à 255,3 pence – au-delà du prix proposé par Allied, ce qui laisse croire que les investisseurs s’attendent à un prix encore plus élevé.

L’annonce survient alors que GardaWorld avait décidé, la semaine dernière, de bonifier son offre de 24 %, à 235 pence par action. La valeur de cette offre, présentée comme finale et valide jusqu’au 16 décembre, était estimée à 6,3 milliards CAN. Elle a toutefois été rejetée par le conseil de G4S, qui avait repoussé à plusieurs reprises les approches tentées par la société québécoise, ce qui avait incité celle-ci à opter pour une offre hostile.

GardaWorld a dit avoir « pris connaissance de l’offre » d’Allied et qu’elle « évalue ses options ». Elle a ajouté que la journée était « très décevante » pour l’entreprise et ses 16 000 employés au Québec.

« Une offre amicale acceptée peut difficilement être rejetée à moins qu’il y ait un vote des actionnaires très très clair contre la transaction », a estimé le professeur de stratégie à HEC Montréal Louis Hébert, au cours d’un entretien téléphonique, lorsqu’interrogé sur les chances de GardaWorld de coiffer Allied.

Plusieurs critiques

Les échanges s’étaient envenimés au cours des dernières semaines entre le fondateur et président et chef de la direction de GardaWorld, Stéphan Crétier, et le bas de laine des Québécois.

L’homme d’affaires québécois estimait que la Caisse lui mettait des bâtons dans les roues en étant aux côtés d’une compagnie qui tente de lui damer le pion. Dans une récente entrevue accordée à Radio-Canada, il avait exprimé des craintes pour son entreprise s’il perdait le combat pour G4S, alors que le secteur de la sécurité est en pleine consolidation.

Pour sa part, la CDPQ a réfuté les critiques du patron de GardaWorld en affirmant qu’elle était prête à l’épauler financièrement dans le cadre de son offre hostile pour G4S et que c’est M. Crétier qui a préféré se tourner, à la dernière minute, vers un financement proposé par un syndicat bancaire ainsi qu’une proposition de la société d’investissement américaine HPS Investment Partners.

La clôture de cette transaction entre Allied et G4S est prévue au cours du premier trimestre de la prochaine année.