(Toronto) Même si trois vaccins prometteurs contre la COVID-19 ont suscité l’optimisme des investisseurs, le chef de la direction de la Banque Royale a prévenu mercredi que le pays n’était pas encore débarrassé de ses problèmes de pandémie.

Tara Deschamps
La Presse Canadienne

Dave McKay a indiqué mercredi aux analystes que l’économie pourrait encore souffrir alors que le monde est aux prises avec l’incertitude quant à la date à laquelle les gens recevront une injection des vaccins de Pfizer, Moderna ou AstraZeneca.

« L’économie a bien rebondi jusqu’à présent », a-t-il affirmé lors d’une conférence téléphonique appel pour discuter des résultats de la banque au quatrième trimestre.

« Mais étant donné l’émergence de la deuxième vague de COVID-19 sur nos marchés de base, nous prévoyons que la croissance économique diminuera au cours des deux prochains trimestres et tablons sur une croissance économique canadienne à la fin de 2020 en baisse de plus de 5 %. »

M. McKay s’attend à ce que la croissance économique rebondisse d’entre 4 % et 5 %, mais probablement pas avant 2021.

Ses perspectives sont moins optimistes que celles de certains de ses homologues bancaires, qui se sont montrés mardi prudemment optimistes quant à l’avenir de l’économie.

Le chef de la direction de la Banque Scotia, Brian Porter, a affirmé que l’économie s’améliorait parce que les programmes d’aide du gouvernement avaient ramené les dépenses de détail aux niveaux d’avant la pandémie, aidé la croissance du marché du logement et déclenché une reprise des ventes d’automobiles.

« Il y a de bonnes raisons d’être optimiste quant à l’accélération de la reprise économique associée, à mesure que 2021 progressera », a ajouté Darryl White, chef de la direction de la Banque de Montréal.

Meilleurs résultats que prévu

Les avertissements de M. McKay surviennent alors même que sa banque a dépassé les attentes des analystes et a réussi à afficher des bénéfices plus élevés au quatrième trimestre que ceux d’avant la pandémie.

La banque a précisé qu’elle avait gagné près de 3,25 milliards, ou 2,23 $ par action, pour le trimestre clos le 31 octobre, contre celui de près de 3,21 milliards, ou 2,18 $ par action, affiché un an plus tôt.

Sur une base ajustée, la Royale a réalisé un profit de 2,27 $ par action pour son plus récent trimestre, contre un bénéfice ajusté de 2,22 $ par action un an plus tôt.

Les analystes s’attendaient en moyenne à un bénéfice ajusté de 2,05 $ par action, selon les prévisions recueillies par la société de données financières Refinitiv.

Les revenus ont totalisé 11,09 milliards, en baisse par rapport à ceux de 11,37 milliards du même trimestre l’an dernier.

Les succès de la Royale sont en grande partie attribuables à sa capacité d’utiliser les gains dans ses activités sur les marchés financiers pour compenser la baisse des taux d’intérêt, des revenus de dépôts des clients et des résultats de ses activités de services bancaires aux particuliers et aux entreprises et de gestion de patrimoine.

Sur l’ensemble de l’exercice, le secteur des services bancaires aux particuliers et aux entreprises a vu ses profits chuter de 21 %, et ceux de la gestion de patrimoine ont reculé de 13 %, mais la Banque Royale a enregistré une croissance dans les secteurs de l’assurance et des services aux investisseurs.

Compte tenu de l’incertitude de la pandémie, la banque a tenu à garder le contrôle sur ses dépenses autant que possible.

Celles-ci ont diminué de 4,0 % d’une année sur l’autre et, dans la plupart des secteurs, elles sont restées « relativement stables ou en baisse par rapport à l’année dernière », a affirmé M. McKay.

Baisse des provisions pour créances douteuses

La banque a également profité du trimestre pour réduire les sommes qu’elle met de côté pour couvrir les créances douteuses.

Après avoir monté une provision de 1,11 milliard au deuxième trimestre et de 675 millions au troisième trimestre, M. McKay a expliqué que la banque n’avait réservé que 427 millions pour d’éventuelles pertes sur créances au plus récent trimestre.

Ce montant était en baisse par rapport à celui de 499 millions d’il y a un an, et montrait une stratégie également utilisée à la Banque Scotia et à la Banque de Montréal, qui ont annoncé mardi qu’elles avaient également réduit leurs provisions pour pertes sur créances douteuses.

Cette diminution permet de croire que certains programmes d’aide gouvernementaux et les reports de milliards de dollars en paiements et remboursements de la part des banques ont réussi à atténuer les risques associés à la pandémie.

La Royale a précisé avoir offert des reports sur plus de 90 milliards de prêts et vu les taux d’intérêt à long terme grimper, mais M. McKay estime que les taux d’intérêt à court terme resteront bas pendant « une période prolongée ».

Lorsqu’ils sont combinés à des niveaux élevés de relance budgétaire, les taux fournissent un coussin aux clients pour gérer les risques, mais cela n’aidera pas tout le monde, a estimé M. McKay.

« Alors que la majorité des clients ont recommencé à effectuer des paiements sur leurs prêts, certains éprouveront d’autres difficultés avec les effets de la deuxième vague », a-t-il expliqué.