Les créanciers de SAIL ont très majoritairement voté en faveur de l’offre qui leur a été soumise et qui leur permettra de recevoir en moyenne 35 % de la somme qui leur est due. Si tout se passe comme prévu, le détaillant d’articles de plein air poursuivra donc ses activités avec « un bilan assaini », des coûts fixes réduits, une enseigne et 850 employés de moins.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Au cours du vote tenu le 16 novembre, l’offre sur la table a été acceptée par 97 % des créanciers. SAIL avait eu recours à la Loi sur la faillite et l’insolvabilité le 2 juin avec des dettes (garanties et ordinaires) qui totalisaient alors 134,3 millions.

Le syndic, Ernst & Young, a accepté des réclamations de créanciers ordinaires totalisant 82 millions. L’entreprise dispose de 35 millions à partager (26,25 millions d’ici la fin de l’année et 8,75 millions avant le 30 juin 2021). Les créances de moins de 5000 $ seront par ailleurs payées en entier.

« Ceci est de beaucoup supérieur à la valeur de réalisation nette estimative dans un contexte de faillite qui se situerait entre 5 % et 26 % », écrit le syndic Éric St-Amour, qui a qualifié cette restructuration « de belle réussite ».

Le document nous apprend aussi que les actionnaires de SAIL — le Fonds de solidarité FTQ, deux anciens VP et l’investisseur Michel Saucier — injecteront « du capital et du financement additionnels totalisant 15 millions » dans l’entreprise. Cet apport était conditionnel à l’acceptation de la proposition qui doit être homologuée par le tribunal le 2 décembre.

Ce dénouement soulage évidemment le PDG de SAIL, Norman Décarie. « Au 30 juin, on tourne la page définitivement. On va continuer avec un bilan assaini », nous a-t-il indiqué au cours d’un entretien.

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

Norman Décarie, PDG de SAIL

Coûts fixes réduits

Ces derniers mois, SAIL a passablement réduit ses coûts fixes, rapporte M. Décarie, qui affiche une grande confiance en l’avenir.

Tous les baux ont été renégociés, l’enseigne déficitaire Sportium a été abandonnée (quatre magasins), deux magasins SAIL « non rentables » en Ontario ont été fermés et tous les employés administratifs ont été regroupés dans les mêmes locaux à Laval. En tout, ce sont 850 personnes qui ont été licenciées.

Le détaillant de plein air conservera donc 1100 emplois dans ses 12 magasins (8 au Québec et 4 en Ontario) et au siège social. Il misera davantage sur le commerce en ligne qui génère plus de 10 % du chiffre d’affaires. Un expert du domaine a d’ailleurs été recruté à la vice-présidence.

Cette réorganisation doit permettre à l’entreprise québécoise de retrouver le chemin de la rentabilité. Après avoir réalisé des profits avant éléments extraordinaires et impôts de 7,3 millions en 2018 et de 3,2 millions en 2019, l’exercice 2020 (clos le 31 mars) s’était soldé par une perte d’exploitation de 5,6 millions.

Au cours de ces trois années, les ventes sont passées de 224 millions à 240 millions.

« La COVID-19 nous a achevés, lance M. Décarie. On a été fermé pendant huit semaines sans date de réouverture. C’est un tsunami qui a fait déborder le vase. »

Au printemps le dirigeant avait d’ailleurs lancé un cri du cœur dans nos pages, frustré que ses concurrents Canadian Tire, Costco et même Walmart puissent garder leurs magasins ouverts. Il estimait alors l’impact de la fermeture de ses succursales sur les ventes à 45 millions de dollars. Les rapports du syndic font plutôt état de ventes perdues de l’ordre de 33 millions.

Norman Décarie espère maintenant profiter de l’engouement pour le plein air et les sports d’hiver comme le ski de fond, la raquette et la pêche sur glace. « J’ai du stock ! », tient-il à dire aux consommateurs.