(Oslo) Luttant pour sa survie, la troisième compagnie à rabais européenne, Norwegian Air Shuttle, a déclaré mercredi deux de ses principales filiales en faillite afin de se mettre à l’abri de ses créanciers, le temps de se restructurer financièrement.

Pierre-Henry DESHAYES Agence France-Presse

Déjà mal en point et très lourdement endettée avant la pandémie, la compagnie a, comme le reste du secteur, été frappée de plein fouet par la quasi-paralysie du transport aérien mondial due aux mesures sanitaires prises pour juguler la propagation de la COVID-19.

Elle a essuyé un autre revers au début du mois quand le gouvernement norvégien a refusé de remettre la main au portefeuille après lui avoir accordé 3 milliards de couronnes de garanties avant l’été.

Face aux vents contraires, elle place donc deux filiales majeures en Irlande sous la protection de la loi irlandaise sur les faillites, l’équivalent du fameux chapitre 11 américain : Norwegian Air International, qui opère une grande partie des vols internationaux de la compagnie, et Arctic Aviation Assets, qui gère sa flotte.

« Recourir à la protection de la loi irlandaise pour se réorganiser est une décision que nous avons prise pour assurer l’avenir de Norwegian », a expliqué le directeur général, Jacob Schram.

« Notre objectif est de trouver avec toutes les parties prenantes des solutions qui nous permettront d’émerger comme une compagnie aérienne financièrement plus forte et solide », a-t-il ajouté dans un communiqué.

De nombreuses compagnies aériennes ont mordu la poussière à cause de la pandémie : la chileno-brésilienne LATAM, la colombienne Avianca, les sud-africaines South African Airways et Comair, la britannique Flybe…

Et les autres ont jusqu’à présent survécu au prix de dizaines de milliers de suppressions d’emplois au total.

Après une chute prévue de 66 % du trafic mondial cette année, le chiffre d’affaires des compagnies aériennes devrait l’an prochain être encore inférieur de 46 % à celui de 2019, estimait fin octobre l’Association internationale du transport aérien (IATA), en demandant de nouvelles aides.

La compagnie norvégienne qui réclamait de l’argent frais pour « traverser l’hiver » s’est vu opposer une fin de non-recevoir par le gouvernement norvégien le 9 novembre.

Le lendemain, elle a indiqué ne plus avoir que 3,4 milliards de couronnes dans ses caisses après avoir « brûlé » en moyenne plus de 500 millions par mois au trimestre précédent.

Déboire sur déboire

Norwegian, qui comptait plus de 10 000 salariés au début de l’année, n’en fait plus travailler que 600 aujourd’hui. Et seuls six avions continuent de voler sur une flotte pré-Covid de 140 appareils.

« Le processus (de restructuration, NDLR) devrait durer jusqu’à cinq mois », a précisé M. Schram lors d’une conférence de presse.

La compagnie affirme avoir suffisamment de liquidités pour poursuivre ses activités, désormais embryonnaires, pendant cette période.

La perspective de l’arrivée de vaccins a redonné des couleurs en Bourse cette semaine aux acteurs du transport aérien, mais les investisseurs doutent de l’avenir de Norwegian : l’action s’est effondrée de près de 99 % depuis le début de l’année.

Les déboires n’ont pas commencé avec la pandémie.

Victime d’une ambition tous azimuts, l’entreprise est dans le rouge depuis 2017 et ployait fin septembre sous 48,5 milliards de couronnes de dettes.

Au cours d’une précédente restructuration plus tôt cette année, ses créanciers, notamment les sociétés de crédit-bail, avaient accepté de convertir une partie de ses dettes et engagements financiers en capital, faisant d’eux les principaux actionnaires de Norwegian.

Pionnier des compagnies à rabais dans le long courrier, le transporteur a vu sa stratégie grippée par de gros problèmes sur ses Boeing.

Misant sur des avions moins gourmands en kérosène, il a connu des déboires avec les moteurs Rolls-Royce de ses 777 Dreamliner, puis a dû cesser d’exploiter ses 18 737 MAX, un modèle cloué au sol depuis près de deux ans après deux accidents meurtriers.

Ironie du sort, l’annonce de Norwegian survient le jour même où les États-Unis ont autorisé la reprise des vols de l’appareil, étape indispensable avant une remise en exploitation de l’appareil.