Des failles dans les restrictions contre la pandémie de COVID-19 émergent dans certaines parties du pays, permettant à certains magasins de rester ouverts tout en obligeant d’autres commerces, pourtant semblables, à fermer leurs portes, a dénoncé lundi le chef d’un groupe d’entrepreneurs.

Brett Bundale
La Presse Canadienne

Le président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Dan Kelly, a rappelé que seuls les détaillants dont les activités étaient jugées essentielles avaient pu rester ouverts pendant la première vague de confinement, au printemps.

Même si des efforts ont été réalisés pour élargir la définition du mot « essentiel » et permis à un plus grand nombre de commerces de rester ouverts, il déplore que la plupart des détaillants qui en ont profité soient les plus grands magasins.

« Cela crée un terrain de jeu inégal », a-t-il déploré. « La tendance que nous observons veut que les grands détaillants et les magasins entrepôts restent ouverts, tandis que les plus petits magasins indépendants sont fermés.

Par exemple, une librairie de quartier peut être fermée, mais les consommateurs peuvent toujours acheter des livres chez Walmart et Costco.

« Le fleuriste indépendant est complètement fermé, mais on peut acheter des fleurs fraîches à l’épicerie », a-t-il encore illustré.

Mais la présidente et chef de la direction du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), Diane Brisebois, estime que l’idée que les confinements ne nuisent qu’aux petits détaillants n’est pas exacte.

Selon elle, le resserrement des restrictions a tendance à nuire à certaines catégories du commerce de détail, indépendamment de la taille des entreprises.

Une chaîne de magasins de vêtements pourrait bien avoir 30 magasins dans une province, par exemple, mais si son commerce n’est pas jugé essentiel, tous ses magasins vont être fermés.

Le plus grand problème en ce moment, à son avis, est la confusion généralisée tant chez les détaillants que chez les consommateurs à travers le pays.

L’absence de règles claires et harmonisées — parfois dans une même province —, fait en sorte que les consommateurs ne savent plus ce qui est ouvert ou fermé, a-t-elle expliqué.

Certains détaillants ont lourdement investi pour rendre leur environnement sécuritaire pour les travailleurs et les employés, a noté Mme Brisebois.

« Ils sont frustrés parce qu’ils ont fait ces investissements, ils ont fait respecter le port du couvre-visage et le lavage des mains, et maintenant ils sont forcés de fermer leurs portes », a-t-elle affirmé.

Mme Brisebois note que même les entreprises qui restent ouvertes, mais fonctionnent à capacité réduite perdent des revenus et accumulent les factures impayées.

Entre-temps, M. Kelly affirme que le moral des propriétaires d’entreprises a changé avec la deuxième vague de COVID-19 qui prend de l’importance.

Au printemps, se souvient-il, les entreprises étaient tolérantes face aux confinements généralisés parce que la maladie était nouvelle et qu’on en savait très peu pour prévenir sa propagation.

Mais M. Kelly souligne que les détaillants ont fait des efforts pour que leurs établissements soient sécuritaires et qu’il y a peu de preuves pour suggérer que le commerce de détail a contribué de façon importante à la contagion.

Mme Brisebois est d’accord.

« L’ironie, c’est que tous les chiffres montrent que les cas attribuables à des détaillants sont moins nombreux que les cas attribuables à la population générale », a-t-elle souligné. « En général, les détaillants exploitent des environnements très sécuritaires. »

La plupart des régions du Grand Toronto sont entrées lundi en zone rouge en raison du nombre d’infections à la COVID-19, se joignant ainsi à d’autres parties du pays qui ont resserré les restrictions et augmenté les fermetures pour tenter de ralentir la propagation du virus.

La semaine dernière, le gouvernement du Manitoba a fermé de grandes parties de son économie, incluant les commerces de détail jugés non essentiels.

Dans les zones rouges du Québec, des restrictions sont imposées à certains secteurs d’activités, notamment celui de la restauration.