La décision annoncée lundi par Air Canada d’annuler 12 commandes d’appareils A220 force Airbus à corriger le tir à Mirabel. La cadence de production, qui devait remonter de trois à quatre avions par mois à la fin de l’année, stagnera. Environ 200 mises à pied temporaires jusqu’ici deviendront permanentes.

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

Toujours accablée par la pandémie, Air Canada a profité du dévoilement de ses résultats financiers trimestriels, lundi matin, pour annoncer qu’elle avait négocié avec Airbus et Boeing pour annuler les achats de 12 avions A220-300 et de 10 appareils 737 MAX 8.

Dans le cas des avions assemblés à Mirabel, ces annulations représentent environ le quart des 45 exemplaires prévus dans la transaction initiale. Air Canada en a présentement reçu dix et prévoit en accepter cinq autres d’ici la fin de l’année.

Les 18 derniers seront toujours livrés d’ici 2022, comme prévu à l’origine, mais ils ont néanmoins été reportés dans le temps par rapport au calendrier initial. Air Canada prévoit maintenant en recevoir 12 en 2021, plutôt que 18, et 6 en 2022, plutôt que 12.

Mises à pied

Cette annonce a été le dernier élément ayant convaincu Airbus de reporter la hausse de cadence prévue pour la fin de l’année. Avant que ne frappe la pandémie, l’usine de Mirabel assemblait environ quatre appareils par mois, et devait passer à cinq au cours de l’été.

Au retour de la pause forcée par le confinement du printemps, elle avait rétabli son rythme à trois par mois, tout en prévoyant revenir à quatre au début de 2021. Il n’y a maintenant plus de date fixée pour un retour à un rythme de quatre appareils par mois.

Cela signifie que les mises à pied temporaires d’environ 200 employés, effectuées au printemps, deviendront permanentes, a indiqué lundi une porte-parole d’Airbus, Annabelle Duchesne. Environ le tiers des quelque 350 mises à pied effectuées à ce moment ont fait l’objet d’un rappel en juin.

« Ce qu’on comprend, c’est qu’il ne peut pas y avoir une autre tuile qui nous tombe sur la tête, sinon, oui, il y aura d’autres mises à pied », a réagi David Chartrand, coordonnateur québécois du Syndicat des machinistes, qui représente les employés de production à Mirabel.

Ces 200 mises à pied nouvellement permanentes s’ajoutent à une centaine d’autres annoncées en octobre pour porter à 300 les réductions de personnel depuis le début de la pandémie chez Airbus à Mirabel, où l’on compte donc maintenant environ 2500 employés. Airbus estime qu’il y en avait environ 2100 au moment de sa prise de contrôle du programme développé par Bombardier.

Inaction fédérale

Pour M. Chartrand, il ne fait pas de doute que l’inaction du gouvernement canadien est en partie responsable de ces annulations d’Air Canada, et d’autres déboires de l’industrie aéronautique.

« Si ça continue comme ça, on va avoir un vaccin avant l’aide du fédéral, déplore-t-il. Ça n’a pas de sens. Le gouvernement est complètement paralysé, ils craignent de prendre une position qui va choquer la population.

« C’est rare que je fais des sorties négatives, ceux qui me connaissent savent que j’essaie toujours de trouver le côté positif. Mais là, c’est différent, je ne vois aucun positif. J’invite Marc Garneau à aller à l’usine pour aller rencontrer les gens qui ont peur de perdre leur emploi, ou dans les PME où les propriétaires sont étirés au maximum, incapables d’obtenir un prêt nulle part, où dans les maisons des gens mis à pied qui n’ont pas trop d’espoir de revenir au travail avant que l’industrie ne reprenne, dans deux ans au mieux. »