La pandémie continue d’affecter sévèrement Air Canada, dont les revenus ont chuté de 86 % au troisième trimestre, normalement son meilleur chaque année, tant et si bien qu’elle a affiché une perte nette de 685 millions de dollars et envisage de rendre permanents ses efforts dans le transport de marchandises.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

N’eût été une hausse des produits provenant du cargo, justement, la chute des revenus d’Air Canada aurait été encore plus élevée, à 91 %, a relevé le président et chef de la direction, Calin Rovinescu.

Les effets globaux de la pandémie, qui affecte les transporteurs aériens partout dans le monde, y sont pour beaucoup, mais la réponse particulière du gouvernement du Canada aussi, estime M. Rovinescu. L’écart entre la chute des revenus passagers d’Air Canada et la moyenne des trois principaux transporteurs américains représente des revenus perdus de 550 à 600 millions pour Air Canada, a-t-il calculé.

L’entreprise a déclaré des revenus de 757 millions au troisième trimestre, comparativement à 5,5 milliards à pareille date l’an dernier. Il s’agit néanmoins d’une augmentation par rapport aux 527 millions du trimestre précédent. Le marché intérieur « commence à montrer des signes d’une reprise », selon M. Rovinescu.

Variable importante en ces temps difficiles, les liquidités s’élèvent maintenant à 8,2 milliards de dollars. Depuis le début de la pandémie, divers emprunts et une émission d’actions ont permis de récolter 6 milliards. L’entreprise en a consommé 819 millions — ou 9 millions par jour en moyenne — au troisième trimestre. Pour la période de trois mois en cours, le total pourrait se situer entre 1,1 et 1,3 milliard de dollars, soit entre 11 et 14 millions par jour.

La décision d’annuler des commandes pour 12 appareils A220 et 10 appareils 737 MAX 8 de Boeing lui permettra d’économiser environ 1,35 milliard d’ici à 2023. Combiné au décalage dans le temps des livraisons des commandes conservées, l’effet libérateur est de 1,27 milliard dès 2021.

Une des solutions mises de l’avant pour freiner la saignée est de s’investir encore davantage dans le transport de marchandises. Si elle peut en arriver à une entente avec ses pilotes afin de réduire leurs salaires pour ces vols, Air Canada a l’intention de convertir en avions-cargos certains des vieux Boeing 767 dont elle avait précédemment annoncé le retrait.

Très peu active dans le transport de marchandises avant la crise, Air Canada prévoit maintenant en tirer des revenus totaux de 850 millions en 2020, après avoir temporairement retiré des sièges de certains gros-porteurs pour les convertir à cette tâche. Elle prévoit que la croissance de ce marché devrait continuer, en raison principalement de l’attrait du commerce électronique.

Décision reportée

Sans l’annonce faite dimanche par le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, de l’entame de discussions avec les lignes aériennes en vue d’une aide gouvernementale, jusqu’à neuf villes canadiennes auraient pu apprendre à court terme, peut-être même dès lundi, la perte de leur desserte par Air Canada, a indiqué l’entreprise, qui en avait déjà fermé huit et annulé 30 lignes à la fin de juin.

« Notre équipe de planification du réseau avait déterminé que jusqu’à 95 autres lignes intérieures, transfrontalières et internationales devaient être suspendues et neuf escales canadiennes devaient être fermées pour préserver les liquidités, réduire les coûts et diminuer les dépenses d’investissement alors que nous nous préparions à une exploitation de plus petite taille devant durer plusieurs années », peut-on lire dans le communiqué publié lundi par l’entreprise.

« Nous reportons les suspensions de lignes et les fermetures d’escales supplémentaires en attendant la progression [des discussions avec Ottawa] », précise-t-elle ensuite.