Très critique de la Banque Laurentienne depuis le lancement du plan de transformation mis de l’avant par l’institution financière il y a cinq ans, le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) commente de façon cinglante la nomination de la nouvelle dirigeante.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« La Laurentienne ajoute l’insulte à l’injure. Après un président du conseil qui ne parle pas français, une Torontoise qui ne parle pas français dirigera la Laurentienne. Le Québec a une seule langue officielle. Le pays en a deux », souligne le MÉDAC dans un tweet envoyé mercredi.

La Banque Laurentienne a annoncé mardi que Rania Llewellyn prendrait les commandes à la fin du mois. Elle devient la première femme à diriger une grande banque au pays. La Torontoise de 44 ans a passé 26 ans à la Banque Scotia où elle a occupé plusieurs postes de direction. Elle parle anglais et arabe, mais pas français bien qu’elle a précisé être présentement inscrite à des cours de français.

« Il y a plein de personnes de langue française parfaitement compétentes pour gérer une banque. Nous avons la prétention de croire, en plus, qu’elles savent parler anglais. À quand une personne unilingue française à la tête de la Banque Royale ou de la Banque TD ? On se le demande sincèrement », lance le directeur du MÉDAC, Willie Gagnon, pour préciser sa pensée à la demande de La Presse.

« Le plan de transformation de la banque ne va pas dans le sens du traitement équitable de l’ensemble de ses parties intéressées (parties prenantes), à commencer par ses clients. Nous comprenons que la nomination de Mme Llewellyn s’inscrit dans cette transformation, tout comme le fait que plusieurs assemblées annuelles se sont tenues à Toronto, en anglais seulement », ajoute-t-il.

Le MÉDAC a été fondé en 1995 par Yves Michaud, le « Robin des banques ».

Du côté du syndicat des employés de la banque, la réaction est prudente. « C’est une décision d’entreprise, on n’a pas droit de regard sur le sujet. C’est certain qu’on aurait aimé avoir une ou un chef de la direction à Montréal, mais la distance n’est pas un frein au rétablissement d’un dialogue positif avec le syndicat », commente la présidente du syndicat, Julie Tancrède.

« Nous voyons d’un bon œil l’arrivée d’une femme au poste de PDG, surtout que la majorité de nos membres sont des femmes. Le temps nous dira si le choix est le bon. Notre dernier directeur était un francophone de Montréal et tout le long de son “règne” il a œuvré à miner la crédibilité du syndicat. »

Son dynamisme et sa capacité à générer de la croissance sont notamment soulignés par la Banque Laurentienne pour expliquer le choix de Rania Llewellyn à la tête de l’institution financière. « Nous sommes convaincus qu’elle est l’agent de changement dont la banque a besoin pour relever les défis auxquels elle est confrontée », soulignait mardi Michelle Savoy, l’administratrice qui a dirigé le comité chargé de la recherche du PDG de la Laurentienne. Rania Llewellyn a aussi été qualifiée de « fine stratège » par Michelle Savoy.