Pour la première fois depuis la parution plus tôt cette semaine d’un rapport très critique produit par un vendeur à découvert, la direction de l’entreprise québécoise de recyclage de plastique Loop Industries a répondu vendredi à la plupart des accusations qu’il contient.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le rapport publié par la firme Hindenburg Research a secoué l’entreprise, dont le titre a perdu environ 35 % en deux jours à la bourse NASDAQ, où il est inscrit. Sa capitalisation boursière a ainsi fondu d’environ 165 millions US.

Hindenburg est un investisseur militant qui a vendu des actions de Loop à découvert avant de publier son rapport, se plaçant ainsi en position de profiter d’une chute de son titre. Il s’agit d’une méthode régulièrement utilisée par des investisseurs qui croient repérer des entreprises problématiques.

Consultez le rapport de Hindenburg : https://hindenburgresearch.com/loop/

Après avoir d’abord refusé de répondre directement aux allégations de Hindenburg sinon par la voie d’un court communiqué, Loop et son fondateur Daniel Solomita ont accueilli vendredi des représentants de La Presse à leur siège social de Terrebonne.

L’efficacité de la technologie de recyclage de plastique développée par Loop, fortement remise en doute par le rapport Hindenburg, a été validée à plusieurs reprises par des partenaires et des investisseurs de l’entreprise, insiste M. Solomita.

Loop a soumis à La Presse deux contrats entre elle et Pepsi, d’une part, et Coca-Cola, d’autre part, déposés auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine. Bien que certaines informations importantes y soient masquées, ces contrats semblent notamment prévoir des prix, des volumes et des calendriers de livraison pour la matière première recyclée produite par Loop. Les deux multinationales comptent s’en servir pour fabriquer des bouteilles. Coca-Cola European Partners, qui a participé à l’annonce du partenariat avec Loop en 2018, a indiqué cette semaine ne pas avoir encore reçu de plastique 100 % recyclé de Loop. Pepsi n’a pas répondu aux demandes d’information de La Presse.

Vous pensez qu’un client va signer un contrat comme celui-là sans vérifier le matériel ?

Daniel Solomita, fondateur de Loop

Alors que Hindenburg Research craint que l’entreprise ne publie jamais d’évaluation par les pairs de ses travaux de recherche, M. Solomita affirme qu’il n’a aucune raison de le faire.

« Quand on a une vraie technologie avec du potentiel comme nous, on n’a pas besoin de faire ça. Les clients le savent, ce sont eux qui [valident la technologie]. »

Des revenus en 2022

Loop a aussi signé en septembre 2018 une entente avec le géant de la fabrication de plastique Indorama pour créer une coentreprise en parts égales. Celle-ci prévoit l’installation par Loop d’une chaîne de production utilisant sa technologie de recyclage pour produire des matières premières à même l’usine de fabrication de plastique existante d’Indorama à Spartanburg, en Caroline du Sud.

Selon M. Solomita, les deux entreprises y ont jusqu’ici versé des sommes égales, notamment pour payer les ingénieurs qui ont esquissé les plans. Les versements de Loop s’élevaient à 1,5 million US au 30 avril dernier, selon son rapport annuel.

Là encore, fait valoir l’homme d’affaires, Indorama a validé la technologie avant de se lancer. L’entente originale prévoyait un début de production au début de 2020. Selon M. Solomita, il faut maintenant attendre la réouverture des frontières pour que des travaux d’une durée d’environ 20 mois soient lancés. Le partenariat pourrait donc dégager des revenus, les premiers de l’histoire de Loop, en 2022.

Un partenariat similaire avec l’entreprise européenne Suez, annoncé plus récemment, prévoit la construction d’une usine en Europe. Celle-ci pourrait être opérationnelle en 2023, calcule M. Solomita.

Le siège social de Terrebonne compte une chaîne de production « pilote » que l’entreprise dit parfaitement fonctionnelle. Elle affirme l’utiliser actuellement pour produire neuf tonnes de matières premières qui seront utilisées avec un client pour un évènement promotionnel.

Une équipe

Le rapport Hindenburg soulevait également des doutes sur les compétences de celui qui est identifié comme son « scientifique en chef », Adel Essaddam. Celui-ci, s’inquiète l’auteur du rapport, est dans la vingtaine et ne dispose d’aucune autre expérience de travail. Il a débuté chez Loop en 2016, immédiatement après avoir terminé une technique en transformation des matériaux composites au cégep de Saint-Jérôme, selon son profil LinkedIn.

Les travaux de recherche « ne reposent pas sur une seule personne », fait plutôt valoir M. Solomita. Dans une réponse écrite qu’elle prévoit publier la semaine prochaine, l’entreprise mettra de l’avant le fait que 26 de ses 61 employés sont issus de son département de R&D et sont « hautement qualifiés et instruits ». Certains sont titulaires de doctorat.

Quant au fait que l’entreprise pourrait ne plus rien valoir, une fois son encaisse d’environ 48 millions US épuisée, comme le craint Hindenburg, M. Solomita rétorque que l’entreprise consomme actuellement environ 10 millions US de liquidités par année et qu’un de ses investisseurs détient des options lui permettant d’injecter jusqu’à 45 millions US supplémentaires.

Loop a par ailleurs confirmé que la SEC l’avait contactée pour s’enquérir de sa technologie, à la suite de la publication du rapport Hindenburg et de ses contrecoups sur sa valeur boursière.

« Ils vont regarder, mais on n’est pas trop inquiets », affirme M. Solomita.

Le titre de Loop a regagné près de 3 % pour clôturer la semaine à 7,84 $ US sur le NASDAQ. Il s’échangeait à environ 11,50 $ US avant la publication du rapport.