(New York) La compagnie américaine Delta, désormais résignée à l’idée d’affronter au moins deux années de vaches maigres comme le reste du secteur aérien, cherche à réduire ses coûts et espère un nouveau coup de pouce du gouvernement pour éviter des licenciements massifs.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

« Bien que la route devant nous soit encore longue, […] nous constatons des améliorations progressives de notre activité, qui est performante dans les facteurs dont nous avons le contrôle », a commenté le PDG de Delta Air Lines, Ed Bastian, mardi lors d’une conférence téléphonique.

Surtout, les consommateurs semblent de plus en plus confiants à l’idée de prendre l’avion en pleine pandémie, ce qui devrait permettre au secteur de sortir petit à petit la tête de l’eau.

« À l’approche des fêtes de fin d’année, nous nous réjouissons des tendances de réservations pour Thanksgiving (le 26 novembre, NDLR) et Noël », a commenté le numéro deux du groupe, Glen Hauenstein, lors de cette même conférence téléphonique.

Mais un retour à la normale n’est pas attendu avant au moins deux ans, a-t-il prévenu.

Delta, première compagnie aérienne américaine en nombre de passagers transportés, a inauguré mardi la saison des résultats financiers du troisième trimestre pour les compagnies aériennes.

Et a fait état d’une lourde perte de 5,379 milliards de dollars, à peine moins élevée que celle de 5,7 milliards enregistrée au deuxième trimestre, lorsqu’une large partie de la population mondiale était contrainte de rester à son domicile pour tenter d’endiguer la propagation de la COVID-19.

Quant au chiffre d’affaires, de 3 milliards de dollars, il ne représente qu’un quart de celui du troisième trimestre 2019.

L’action chutait à Wall Street à la mi-séance, perdant 2,39 % à 31,86 dollars.

« Chanceux de ne pas avoir licencié »

Pour faire face à ces vents contraires, Delta Air Lines a grossi sa trésorerie, disposant de 21,6 milliards de dollars de liquidités à fin septembre, contre 15,7 milliards fin juin.

Delta a en effet réussi à diminuer un peu ses dépenses quotidiennes, à 24 millions de dollars par jour sur le trimestre, contre 27 millions au trimestre précédent. L’objectif est de les réduire encore de moitié, pour arriver à 10 ou 12 millions par jour en décembre.

La compagnie a notamment, entre début juin et fin septembre, économisé les coûts de stationnement et d’entretien des 100 avions qui ont été retirés de sa flotte, alors qu’une large partie des appareils est clouée au sol depuis mars.

Par ailleurs, environ 18 000 salariés de Delta ont quitté le groupe dans le cadre d’un plan de départs volontaires, ce qui a fait diminuer les coûts de personnel de 32 % par rapport au troisième trimestre 2019.

« Nous sommes chanceux de ne pas avoir eu à licencier jusqu’à présent », a encore commenté Ed Bastian.

Mais la compagnie a d’ores et déjà averti qu’elle pourrait se séparer de 1700 pilotes au 1er novembre si elle ne réussit pas à s’entendre avec leur syndicat.

De juillet à septembre, Delta a par ailleurs reçu 701 millions de dollars d’aides du gouvernement américain.

Mais, comme ses concurrentes, elle attend de savoir si une nouvelle aide gouvernementale leur sera accordée. Cela ne fait pas polémique sur le principe, mais, à trois semaines de l’élection présidentielle, le sujet est désormais au cœur des discussions tendues entre l’administration Trump et les élus démocrates du Congrès.

Les républicains sont favorables à une aide indépendante pour le secteur, les démocrates ne veulent pas en entendre parler en dehors d’un plan plus vaste.

Or, sans cela, le secteur aérien menace de supprimer des dizaines de milliers d’emplois, ce qui jetterait une ombre au tableau économique de Donald Trump, candidat à sa réélection et distancé dans les sondages par son concurrent démocrate Joe Biden.

Le président républicain du Sénat a annoncé mardi un vote sur ce plan de relance avant l’élection du 3 novembre.

United Airlines publiera mercredi ses résultats, avant American Airlines et Southwest la semaine prochaine.