Préoccupé par les emplois de l’usine d’Airbus à Mirabel, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, voit d’un bon œil l’ajout d’une version de luxe de l’A220 — l’ex-C Series de Bombardier —, même si la finition intérieure de l’appareil s’effectuera aux États-Unis.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Au lendemain de l’annonce de l’avionneur européen, le ministre a fait valoir, mercredi, qu’il s’agissait d’une « bonne nouvelle », puisque cela se traduira par l’assemblage d’appareils supplémentaires dans les Laurentides, même si le nombre ne sera vraisemblablement pas significatif.

Toutefois, la décision d’Airbus de se tourner vers un site américain pour effectuer la finition intérieure de l’avion baptisé « TwoTwenty » en a déçu certains au sein de l’industrie aéronautique québécoise, qui auraient préféré que ce travail soit confié à une usine ayant pignon sur rue au Québec. L’État québécois détient 25 % de l’A220, dans lequel il a injecté 1 milliard US.

« Ce n’est pas ça l’enjeu pour moi aujourd’hui, a lancé M. Fitzgibbon au cours d’un point de presse à l’Assemblée nationale. L’enjeu, pour moi, aujourd’hui, ce sont les emplois à Mirabel, qui sont à risque. »

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19, qui secoue le secteur de l’aviation commerciale à travers le monde, a fait tomber le couperet à Mirabel au printemps dernier, lorsque 350 des quelque 2800 employés du site ont été mis à pied.

Une centaine de salariés ont été rappelés depuis, mais Airbus a repoussé l’accélération de la cadence de production.

« Ce n’est pas facile pour l’A220, a dit M. Fitzgibbon. Si l’on regarde ce qui se passe dans le monde, soyons honnêtes. Quand je vois des compagnies aériennes qui ont des difficultés financières, cela a des impacts sur tout l’écosystème québécois. Le gouvernement (québécois), dans la mesure de nos moyens, nous allons essayer de combler une partie de tout cela, mais on ne peut pas tout faire seul. »

Le ministre devait s’entretenir avec le conseil d’administration de la société en commandite, mercredi.

En date du 31 mars, le placement de Québec dans l’A220 ne valait qu’entre 204 millions US et 231 millions US et tout indique que l’État ne pourra recouvrer la valeur de son investissement au 1er janvier 2026, lorsqu’Airbus pourra racheter sa participation

Les deux premiers A220 destinés à une clientèle fortunée seront assemblés à Mirabel avant de s’envoler à Indianapolis, où Comlux effectuera la finition intérieure. Cette firme suisse, qui servira de client de lancement, aménagera les cabines des 15 premières unités. Quatre autres avions ont également été commandés par un client dont on ignore l’identité. Le site d’Airbus en Alabama devrait aussi assembler la nouvelle version de l’A220.

Airbus offre déjà des versions luxueuses de ses familles A320, A330 et A350. Le marché semble niché. L’an dernier, l’avionneur a seulement effectué six de ces livraisons, selon les données de la General Aviation Manufacturers Association.