Après l’annonce de la fermeture des bars et des salles à manger pour quatre semaines, Québec doit mettre sur pied rapidement des programmes pour venir en aide aux entreprises qui seront touchées, ont plaidé leurs représentants.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

« Nos PME ont mis les bouchées doubles lors de la réouverture économique, notamment en investissant d’importantes sommes afin de créer des milieux sécuritaires pour les employés et les clients, a fait valoir François Vincent, vice-président Québec pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). C’est dans ce contexte qu’elles devront fermer leurs portes, encore une fois, pour une durée de 28 jours. C’est démoralisant et angoissant pour de nombreux entrepreneurs visés par ces nouvelles contraintes. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

François Vincent, vice-président Québec pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)

Selon les données de la FCEI, les PME, soit 99,8 % des entreprises au Québec, ont accumulé en moyenne une dette de 135 000 $ depuis mars, notamment pour respecter les mesures sanitaires visant à limiter la propagation du virus. Elles ne retrouveront vraisemblablement pas leur chiffre d’affaires normal avant 17 mois, selon l’évaluation de la FECI, et même de huit ans dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration.

« Les PME sont le poumon économique du Québec, dit M. Vincent. Aujourd’hui, le gouvernement doit adapter son aide pour que les entreprises visées par les contraintes économiques puissent voir de la lumière au bout d’un tunnel qui commence à être long à franchir. »

Retour en arrière

Même son de cloche du côté de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), où on enjoint le gouvernement Legault à préciser quelles compensations seront versées aux secteurs touchés par les annonces de lundi soir.

PHOTO FOURNIE PAR LA FCCQ

Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec

« Des aides directes sont plus que jamais nécessaires pour prévenir la fermeture définitive d’un maximum d’entreprises, estime Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ. Bien que l’on comprenne l’importance de ces mesures, c’est malheureux de devoir revenir en arrière dans ces régions. Les entreprises ont déjà passablement souffert ces derniers mois. »

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) s’est elle aussi inquiétée de l’impact « dévastateur » des nouvelles mesures sur les entreprises touchées. « Nous demandons au ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, de considérer l’élimination de tous leurs coûts fixes publics, de leur accorder un crédit d’impôt remboursable pour leurs taxes foncières et de faire en sorte qu’ils aient un accès immédiat au programme d’aide au loyer, sans exiger un appui des propriétaires », a déclaré par communiqué Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM

Son organisme demande en outre à Québec de mieux communiquer l’information concernant cette deuxième vague, notamment en précisant les lieux touchés par les éclosions. « Nous devrions savoir où ont lieu les contaminations et dans quelle mesure les lieux d’emploi sont sécuritaires, précise M. Leblanc. Les témoignages que nous recevons du terrain indiquent que les employeurs et les employés au Québec et dans le Grand Montréal se comportent de façon exemplaire. Plus les entreprises auront des informations factuelles, plus elles seront en mesure de comprendre les raisons derrière les décisions qui sont prises aujourd’hui. »

Fait à noter, plusieurs groupes de professionnels qui auraient pu voir leur pratique limitée ont été épargnés, du moins pour le moment. Les dentistes, entre autres, n’auront pas à fermer leur cabinet comme ils l’ont fait au printemps dernier. « C’est une excellente nouvelle, les Québécois pourront continuer à recevoir des soins, a déclaré le DPhilippe Martineau, vice-président de la Fédération des dentistes spécialistes du Québec. Il est à noter qu’à ma connaissance, aucune éclosion n’a été documentée en clinique dentaire. Les gens peuvent s’y rendre en confiance. »

Les détaillants soulagés et déterminés

« Soulagés », les détaillants ne veulent surtout pas être les prochains à devoir fermer leurs portes au public. Et ils savent qu’ils ont du pouvoir sur leur destinée. « On leur dit de rehausser leurs mesures sanitaires pour ne pas que ça ferme. D’être blancs comme neige. Certains ont relâché, c’est certain », indique le président du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), Marc Fortin.

C’est aussi le message que lance à ses membres Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Même si la décision de ne pas fermer les commerces « reconnaît, dans un certain sens, la façon dont les détaillants ont généralement travaillé pour respecter les règles sanitaires », il ne faut rien tenir pour acquis. « Il faut continuer d’agir de façon responsable et faire des efforts de distanciation. […] On s’en va vers la période des Fêtes, alors si on veut que les magasins soient ouverts, soyons responsables », insiste M. Drouin.

Le CCCD se réjouit par ailleurs que les restaurants puissent encore livrer leurs mets ou en vendre pour emporter. Selon M. Fortin, ces repas cuisinés à l’extérieur de la maison, « c’est une pression de moins sur les supermarchés », qui doivent déjà composer avec des clients qui font des réserves. Le propriétaire des magasins de jouets et jeux Imaginaire, Benoit Doyon, aborde pour sa part les nouvelles mesures avec philosophie. « Je suis content qu’ils fassent quelque chose maintenant, avant que ce soit plus grave et que les restrictions soient pires. […] Les gens qui prennent ces décisions difficiles le font pour la société », fait-il valoir en ayant une pensée pour les entreprises qui doivent fermer temporairement.

– avec Marie-Ève Fournier, La Presse