(Paris) Les régulateurs européen et américain ont apporté vendredi des signaux positifs sur le retour prochain dans le ciel du Boeing 737 MAX, qui pourrait revoler en Europe « d’ici la fin de l’année » après avoir passé avec succès plusieurs étapes de recertification.

Sonia WOLF
Agence France-Presse

Cloué au sol depuis mars 2019 après deux accidents ayant fait 346 morts, l’avion doit obtenir le feu vert de diverses autorités dans le monde.

« Pour la première fois depuis un an et demi, je peux dire qu’on voit la fin des travaux sur le MAX et on commence à regarder comment pouvoir remettre en service le MAX d’ici la fin de l’année », a déclaré vendredi Patrick Ky, le patron de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA).  

Une série de vols de certification a été effectuée fin juin par l’agence américaine de l’aviation, la FAA, puis plus récemment par les autorités canadienne et européenne.  

Ces vols « se sont bien passés », a souligné M. Ky au cours d’une conférence de presse à distance organisée par l’Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace (AJPAE).

Plusieurs étapes restent encore à franchir avant que les autorités aériennes n’accordent leur autorisation, notamment sur la formation des pilotes.

Le processus avance toutefois.  

L’administrateur de la FAA, Steve Dickson, doit se rendre à Seattle la semaine prochaine pour effectuer lui-même la formation sur simulateur jugée récemment par un Comité d’évaluation des opérations réunissant les autorités de l’aviation civile de plusieurs pays (JOEB) près de Londres.  

M. Dickson embarquera ensuite à bord d’un vol d’évaluation où il prendra personnellement les commandes d’un Boeing 737 MAX, normalement le 30 septembre, a indiqué vendredi la FAA.

Plus long en Chine

Une fois que l’autorité européenne aura donné son feu vert technique, probablement « courant novembre », la reprise des vols dépendra « de chacune des compagnies aériennes, de chacun des États », a souligné M. Ky vendredi.

La certification du 737 MAX en Chine, premier pays à l’avoir cloué au sol en mars 2019, prendra « certainement un peu plus de temps », l’autorité de régulation, selon M. Ky, n’étant « pas encore à envisager des tests en vol ».  

Savoir quand Pékin prendra sa décision reste « le seul grand point d’interrogation », a commenté Richard Aboulafia, expert en aéronautique chez Teal Group.

En attendant, la prise de position européenne est « très positive » pour le 737 MAX dans la mesure où l’AESA « a beaucoup de crédibilité », estime le spécialiste.

Son homologue américaine, la FAA, a été vivement critiquée pour avoir confié à Boeing la certification de certains systèmes clés du MAX, dont le logiciel antidécrochage MCAS, « et doit encore refaire sa réputation », remarque-t-il.

À Wall Street, l’action de Boeing a pris près de 7 % vendredi.

Pour Michel Merluzeau, de Air Insight Research, les déclarations de M. Ky signifient notamment que l’EASA semble satisfaite des propositions du constructeur sur les modifications à apporter aux avions déjà livrés et à ceux sortant d’usine, ainsi que sur les « solutions techniques fournies par Boeing » sur le sujet des sondes d’incidence AOA.

Lors des deux accidents, c’est après avoir reçu des informations erronées d’une de ces sondes indiquant que l’avion était en décrochage que le logiciel MCAS s’était emballé malgré les efforts des pilotes pour le désactiver, et avait mis l’avion en piqué.

Sur ce point, M. Ky a précisé que Boeing allait développer une troisième sonde, synthétique.

En attendant, des « protocoles opérationnels simples » ont été mis en place pour permettre aux pilotes de « gérer l’avion dans les cas d’une sonde d’incidence qui ne donne pas la bonne information ».

Selon les responsables de l’analyse de sécurité de l’EASA, « cette procédure provisoire (est) largement suffisante en termes de sécurité », a-t-il ajouté.

Dans un rapport publié à la mi-septembre, la commission des Transports du Congrès américain a estimé que les accidents mortels du 737 MAX représentaient « l’horrible aboutissement » de défauts d’ingénierie, de mauvaise gestion de la part de Boeing et d’un manque de supervision de la part de la FAA.

Une plainte d’actionnaires de Boeing, consultée vendredi par l’AFP, accuse aussi les membres du conseil d’administration, dont l’actuel patron David Calhoun et son prédécesseur Dennis Muilenburg, de ne pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour empêcher la crise du 737 MAX fragilisant l’avionneur depuis plus d’un an.