(Montréal) Habituellement discrète sur la place publique, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) est sortie de sa réserve en décochant une flèche à Rogers et Altice pour la manière dont les deux sociétés ont dévoilé leur offre non sollicitée de 10,3 milliards visant à mettre le grappin sur Cogeco et sa principale filiale.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

En partie propriétaire de la division américaine de l’entreprise québécoise, le bas de laine des Québécois s’est dit, mercredi, « tout à fait aligné » avec la famille Audet, l’actionnaire de contrôle de Cogeco et Cogeco Communications grâce à ses actions à droit de vote multiple, qui a rejeté la proposition dont les modalités ont été rendues publiques le 2 septembre dernier.

« On peut même s’interroger sur l’approche hostile qui a été prise dans un forum public comme cela a été fait alors que la famille avait très clairement dit non », a expliqué son porte-parole, Maxime Chagnon, au cours d’un entretien téléphonique.

Celui-ci ne s’est toutefois pas avancé sur la possibilité que le gestionnaire de régimes de retraite puisse intervenir dans ce dossier. Toutefois, selon des informations qui ont pu être colligées par La Presse Canadienne, la CDPQ a été plutôt active en coulisses depuis le début du mois et celle-ci a exprimé le fond de sa pensée au géant torontois des télécommunications ainsi que son partenaire américain.

Dans une déclaration envoyée par courriel, Rogers n’a pas commenté directement les remarques de la Caisse, mais a dit croire que la proposition dévoilée avec Altice USA constituait « la meilleure façon de préserver l’héritage de Cogeco tout en regardant vers l’avenir du Québec ».

« Le réseau 5G de Rogers, le plus important au pays, non seulement changera la donne en matière de croissance et de productivité dans tout le Québec, mais il a le potentiel de permettre au Québec d’être un leader mondial dans l’économie du savoir pour les générations à venir », a fait valoir la compagnie.

Cette sortie de la CDPQ survient au lendemain de l’adoption, par l’Assemblée nationale, d’une motion unanime soulignant notamment le « rôle important » joué par Cogeco dans les secteurs des médias et des télécommunications au Québec et « l’importance du maintien du siège social » de la société dans la province.

Plusieurs intérêts

La Caisse ne détient aucune action de Cogeco et Cogeco Communications, mais elle possède 21 % de leur division américaine, Atlantic Broadband, depuis 2017 à la suite d’un investissement de 315 millions US. L’offre non sollicitée de Rogers et Altice confère une valeur d’environ 1 milliard CAN à cette participation.

Elle possède également 10,7 millions d’actions subalternes de Rogers, ce qui lui confère une participation de 2,72 % dans le géant torontois des télécoms en plus d’être actionnaire d’Altice USA.

Pour la CDPQ, Atlantic Broadband, qui se présente comme le neuvième câblodistributeur en importance dans le marché américain grâce à sa présence dans 11 États de la côte est, représente un actif qui « performe très bien ».

« On pense que c’est une plateforme de croissance qui est très intéressante pour l’avenir », a souligné M. Chagnon, en référence à la stratégie de la compagnie visant à réaliser des acquisitions afin d’accroître son empreinte dans le marché américain.

La mécanique de l’offre d’Altice USA et Rogers prévoyait un partage des actifs de Cogeco et de sa principale filiale. Atlantic Broadband se retrouverait dans le giron de l’entreprise américaine alors que les actifs canadiens seraient vendus à Rogers. On propose 800 millions à Gestion Audem, la société de la famille Audet, en échange de ses actions à droit de vote multiple.

Depuis l’annonce de l’offre non sollicitée, Trois-Rivières et Burlington, qui abritent les sièges sociaux opérationnels de Cogeco au Québec et en Ontario, où travaillent plusieurs centaines de personnes, se sont rangées derrière la famille Audet.