Les investisseurs prennent note de la fermeté de Louis Audet qui, au nom de l’actionnaire de contrôle de Cogeco, refuse catégoriquement de vendre. Ils se demandent maintenant si les prétendants, notamment Altice et Rogers, reviendront à la charge ou si l’idée d’acquérir l’entreprise sera tout simplement abandonnée.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

« Rogers et Altice n’ont pas l’intention de jeter l’éponge », affirme à La Presse une source bien au fait des discussions. Cette personne ne peut être identifiée, car elle n’est pas autorisée à parler publiquement.

« Ce n’est pas terminé. Restez à l’écoute. Rogers et Altice n’ont pas dit leur dernier mot », assure cette source, sans toutefois vouloir préciser davantage la stratégie que les deux alliés entendent utiliser.

La semaine dernière, Altice USA avait dévoilé une offre d’achat hostile en collaboration avec Rogers Communications. Cette offre avait rapidement été écartée par Cogeco.

Jointe par La Presse, la direction de Rogers a répondu que l’entreprise demeure « plus que jamais » engagée envers le Québec. « Nous n’avons rien à ajouter pour le moment », a-t-on précisé par courriel.

Il y a fort à parier que le dossier rebondira de nouveau ce mercredi. Le PDG de Rogers, Joe Natale, doit prendre la parole en après-midi à l’occasion d’une conférence sur le secteur des médias, des télécommunications et du divertissement organisée par Merrill Lynch/Bank of America.

On peut présumer que Joe Natale se fera questionner sur les récents développements. Rogers compte 3000 employés au Québec comparativement à 1700 pour Cogeco.

Recul en Bourse

La valeur des actions de Cogeco et de sa principale filiale ont fortement reculé en Bourse mardi. Les investisseurs réagissaient à la diffusion d’un commentaire catégorique du président exécutif du conseil de Cogeco, Louis Audet, réitérant que l’entreprise québécoise n’est pas à vendre.

L’action de Cogeco a cédé presque 5 %, à 88,21 $, alors que celle de Cogeco Communications a perdu 6 %, à 106,75 $. Malgré ce repli, les titres demeurent encore supérieurs à leur valeur d’il y a une semaine, soit avant le dévoilement public de l’offre hostile qui valorise l’action de Cogeco à 106,53 $ et celle de Cogeco Communications à 134,22 $.

Par l’entremise d’un holding privé, Louis Audet contrôle 69 % des votes chez Cogeco et 83 % chez Cogeco Communications.

De son côté, Rogers détient respectivement 41 % des actions subalternes de Cogeco et 33 % de celles de Cogeco Communications. Pour l’actionnaire de longue date, détenir une participation dans Cogeco et sa principale filiale était une façon d’être positionné aux premières loges le jour où la famille Audet serait prête à vendre. Il n’y a toutefois jamais vraiment eu d’ouverture à cet égard au fil des années, même s’il y a eu de la spéculation à certains moments.

Le temps est peut-être venu de dire au revoir pour Rogers, croit pour sa part Adam Shine, de la Financière Banque Nationale.

Dans une note envoyée mardi à ses clients, il précise toutefois qu’il est peu probable que le marché puisse digérer autant d’actions de Cogeco d’un seul coup. « Il serait intéressant de voir si Cogeco Communications rachèterait la participation de Rogers pour annulation, pendant que la participation dans Cogeco serait potentiellement rachetée par un autre investisseur du Québec. »

Cet analyste rappelle par ailleurs qu’il y a trois ans, le chef des finances de Rogers avait laissé entendre publiquement qu’il y avait possiblement une « meilleure façon d’utiliser ce capital » en faisant référence à la participation dans Cogeco.

Chez Cogeco, la direction n’a pas souhaité apporter un commentaire additionnel sur le dossier mardi.

L’offre hostile d’Altice est évaluée à un peu plus de 10 milliards. Surtout intéressée par les activités américaines de Cogeco exploitées sous le nom d’Atlantic Broadband, Altice achèterait entièrement Cogeco et Cogeco Communication pour ensuite vendre les actifs canadiens à Rogers.