Stéphane Therrien porte depuis deux mois le titre de PDG par intérim de la Banque Laurentienne et assure qu’il n’entend pas agir en « gestionnaire intérimaire ».

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« Le terme intérim est à la mode. Plusieurs autres banques ont nommé un président par intérim lorsqu’il y a eu un départ plus soudain de leur ex-PDG. J’ai été très honoré que le conseil me téléphone pour m’offrir cette responsabilité. Je peux vous assurer que je n’ai pas l’intention de gérer la banque avec une vision d’intérim. Certains amis m’ont d’ailleurs mentionné que l’équipe qui a gagné la Coupe Stanley l’année dernière au hockey était dirigée par un entraîneur par intérim : Craig Berube avec les Blues de St. Louis. Je ne pense pas qu’il a essayé de gérer l’équipe de façon intérimaire », dit-il.

Lorsqu’on lui demande s’il se voit diriger la Laurentienne à long terme, il répond avec assurance, mais de façon néanmoins prudente. « La réponse est oui. Je suis un candidat de l’interne, mais je ne voudrais pas avoir l’air de faire mon autopromotion. »

En matière de gouvernance, la nomination d’un PDG permanent à la tête d’une banque est une des plus importantes décisions qu’un conseil d’administration doit prendre, souligne-t-il.

Stéphane Therrien a pris la relève par intérim de François Desjardins après l’annonce surprise du départ de celui qui dirigeait la Laurentienne depuis 2015. M. Desjardins avait élaboré et mis en place un ambitieux plan de transformation septennal. Ce plan vise notamment à orienter la banque vers le conseil financier et les services numériques. Le nombre de succursales, qui était de 150 il y a cinq ans, a depuis été réduit à une soixantaine.

Déjà bien entamée, la démarche de transformation se poursuit malgré le fait que son échéancier ne sera pas respecté, et bien que les résultats escomptés ne soient pas au rendez-vous. Du moins, pas encore.

L’ancien responsable du modèle du réseau de succursales à la Laurentienne promet de présenter une mise à jour du plan à l’automne.

« On doit continuer ce plan de transformation. On se donne encore un mois ou deux pour redéfinir des dates d’implantation des différents jalons qu’on devait mettre en place. Lors de notre prochain appel avec les analystes, nous pourrons préciser ces dates », dit-il.

Il n’y a personne à la banque qui est heureux du prix de l’action en Bourse. Nous devons livrer [des résultats] pour nos clients et nos actionnaires. On a clairement des améliorations à apporter dans notre performance.

Stéphane Therrien, PDG par intérim de la Banque Laurentienne

Il précise avoir demandé au service des finances « de réanalyser la structure de la banque et de soulever chacune des roches pour voir si chacun des coins de la banque est optimisé ». En parallèle, il ajoute avoir personnellement amorcé une révision diligente de tous les secteurs d’activité et de tous les produits. L’objectif est de s’assurer des attentes de croissance pour les prochaines années afin que la banque puisse présenter des prévisions financières « très précises » lors du dévoilement des résultats de fin d’exercice, en décembre.

Stéphane Therrien ajoute s’être aussi donné le mandat de passer « beaucoup de temps » à parler aux employés pour leur demander ce qui fonctionne bien et moins bien. « Je suis de l’école de ceux qui pensent que des employés heureux font des clients heureux. »

La semaine prochaine, il entamera une tournée virtuelle (COVID-19 oblige) auprès de clients pour les sonder sur leurs besoins et leur satisfaction.

Les réponses qu’il obtiendra des employés et des clients orienteront les décisions futures de la direction.

Résultats au-delà des attentes

La Banque Laurentienne a par ailleurs dévoilé vendredi ses résultats financiers des mois de mai, de juin et de juillet. La rentabilité a diminué, mais elle surpasse néanmoins de beaucoup les attentes des analystes.

L’institution financière montréalaise a généré un bénéfice par action ajusté de 1,02 $ durant le trimestre, en baisse de 11 % par rapport à la même période l’année dernière. Les experts de Bay Street s’attendaient à 49 cents par action.

« Après plusieurs trimestres de résultats décevants, voilà un peu de répit », dit l’analyste Doug Young, de Valeurs mobilières Desjardins.

Son collègue Mario Mendonca, de la TD, ajoute que même si la banque a fait des progrès à certains chapitres (conversion des succursales en « cliniques financières », entente avec le syndicat, etc.), il lui reste encore plusieurs étapes à franchir dans les prochaines années (contrôle des coûts, exécution de la stratégie de croissance, mise en œuvre du nouveau système bancaire, etc.).

« Dans ce contexte, il est difficile de se montrer bullish puisque la banque a des défis à relever en exécutant sa transformation en pleine pandémie », dit-il.

L’action de la seule banque syndiquée du pays s’est appréciée de 6 %, à 28,92 $, au cours de la dernière séance boursière de la semaine.