Les actifs canadiens de Cogeco et Cogeco Communications seraient rachetés par la torontoise Rogers si l’offre d’Altice USA devait se concrétiser. Les tenants et aboutissants de cet éventuel brassage de cartes en cinq volets.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Que fait Rogers, au juste ?

• Numéro deux des télécoms au pays sur la base des revenus (environ 15,1 milliards en 2019, comparativement à 24 milliards pour BCE), Rogers est actif dans trois sphères d’activité : le sans-fil, le câble/internet haute vitesse/téléphonie et les médias ;
• 10,8 millions d’abonnés dans le sans-fil (part de marché de 33 % au Canada) ;
• 4,5 millions de foyers clients pour ses services d’internet, télévision par câble et de téléphonie ;
• propriétaire du club de baseball des Blue Jays et des chaînes de télé sportive Sportsnet, de même que d’une participation de 37,5 % dans Maple Leaf Sports & Entertainment (conglomérat propriétaire des Maple Leafs, des Raptors, du Toronto FC, des Argonauts et des Marlies) ;
• propriétaire des réseaux de télé Omni, Citytv et du service de téléachat TSC ;
• propriétaire de 55 stations de radio à travers le pays.

Rogers au Québec

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Rogers a créé Fido au Québec en 1996.

Ce n’est pas d’hier que Rogers convoite des actifs au Québec. Le câblo a essayé en vain de mettre la main sur Vidéotron en 2000, une offre qui a déclenché une surenchère célèbre qu’a finalement remportée Québecor avec l’aide de la Caisse de dépôt.

De nos jours, sa présence au Québec passe surtout par ses services de téléphonie sans fil. Elle est en train d’y déployer son réseau 5 G. Sa marque au rabais Fido a été créée au Québec en 1996. Dans un courriel, Rogers affirme avoir 3000 employés dans la province. Son nouveau bureau principal couvre 225 000 pieds carrés à Place Bonaventure et a nécessité un investissement de 42 millions. Rogers détient une position de longue date dans le capital-actions à la fois de Cogeco (CGO) et de Cogeco Communications (CCA). Dès 2000, Rogers détenait 17 % des actions subalternes de Cogeco. Cette position atteint maintenant 41 % de Cogeco et 33 % de Cogeco Communications.

Pourquoi Cogeco ?

Cogeco n’offrant pas de services sans fil, sa base d’abonnés au câble ou à l'internet haute vitesse devient extrêmement attirante pour une télécom intégrée comme Rogers, explique David Soberman, professeur de marketing à l’École de management Rotman de l’Université de Toronto. « La transaction permet de faire des ventes croisées à toute une nouvelle clientèle », dit-il.

La transaction est aussi une source considérable d’économies d’échelle : les lourds frais fixes liés à l’exploitation d’un réseau de télécommunications au Canada se feront amortir sur une base agrandie d’abonnés. L’analyste financier de Desjardins Valeurs mobilières (VMD) Maher Yaghi estime que les synergies pourraient atteindre 30 % des coûts de Cogeco.

En achetant Cogeco, dont le gros des activités se concentre au Québec et en Ontario, Rogers viendrait combler un vide géographique, puisque ses services d’internet haute vitesse et de télé par câble sont pour l’heure uniquement offerts en Ontario, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve, notamment « le service de télévision IP de premier plan de Rogers, la Télé Élan », précise la société dans son courriel.

Pourquoi maintenant ?

L’offre d’achat de Cogeco émane d’Altice USA. Rogers intervient pour racheter d’Altice les activités canadiennes de Cogeco. « Nous croyons que la convergence des réseaux sans fil et filaire ainsi qu’un possible examen réglementaire allégé dans un Canada post-pandémie pourraient créer un environnement favorable à l’acquisition potentielle », écrit VMD.

Pour Rogers, mettre la main sur les actifs canadiens de Cogeco constitue une façon efficace de générer de la croissance en dépit des vents de face que constitue le phénomène du débranchement (cord-cutting) à la télévision câblée en réaction à la popularité de l’offre télévisuelle en ligne (streaming). Les revenus de l’entreprise torontoise font d’ailleurs du surplace depuis deux ans. Le marché n’a pas apprécié ce surplace. Le prix de son action est passé de 73 $ en mars 2019 à un peu moins de 57 $ mercredi.

Avantageux ou pas ?


Pour les consommateurs du Québec, l’arrivée de Rogers dans les services internet haute vitesse et de télé par câble rendrait plus dynamique le troisième acteur du marché québécois après Bell et Vidéotron. Plus de concurrence est susceptible de faire baisser les prix et d’améliorer le service.

Parmi les inconvénients, le Québec perdrait un siège social d’envergure. « Il n’est pas question de laisser cette entreprise québécoise déménager son siège social en Ontario », a tranché le premier ministre François Legault, mercredi matin, sans préciser davantage.

Par ailleurs, VMD entrevoit un intérêt de la part de Stingray à soumettre une offre pour récupérer les stations de radio de Cogeco, le cas échéant.

— Avec La Presse Canadienne