Une serre après l’autre, les Fermes Lufa prennent possession des toits de Montréal pour y faire pousser des légumes, et ce sont maintenant les toits des autres villes du monde que reluquent les fondateurs de l’entreprise.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Mohamed Hage, qui a fondé les Fermes Lufa avec Lauren Rathmell il y a 10 ans, ne sera pas satisfait tant qu’il n’aura pas conquis d’autres toits dans le monde pour y implanter son concept d’agriculture urbaine.

C’est lui qui le dit, entre deux rangées de tomates qui se chauffent au soleil sur le toit de l’ancien centre de distribution de Sears, boulevard Thimens dans le secteur Saint-Laurent. « Notre ambition est d’être dans toutes les villes du monde. »

Le producteur de légumes en serres est devenu un épicier, qui offre à ses clients des paniers remplis de ses produits, mais aussi de viande, de pain, de fromages fabriqués par de petits producteurs. Les paniers sont livrés dans 206 points de chute ou directement chez le consommateur à Montréal, mais aussi dans un rayon de trois heures de route autour de la ville. Ce qui inclut Québec et Sherbrooke, notamment.

  • La nouvelle serre sera la plus grande de l’entreprise.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    La nouvelle serre sera la plus grande de l’entreprise.

  • Lufa cultivera différentes variétés de tomates dans sa nouvelle serre.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    Lufa cultivera différentes variétés de tomates dans sa nouvelle serre.

  • Recruter du personnel n’est pas un problème, assure M. Hage.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    Recruter du personnel n’est pas un problème, assure M. Hage.

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L’épicerie, ce n’est pas un autre métier, ça ? « On fait 22 métiers ici, répond fièrement Mohamed Hage, que tout le monde appelle Mo. Ça nous donne une flexibilité qu’on n’aurait pas autrement. »

Le développement des outils informatiques qui permettent à cette logistique complexe de fonctionner est au cœur de ce système complet – de la production jusqu’à l’entreposage et à la distribution au consommateur – que Lufa rêve d’exporter ailleurs dans le monde.

Big is beautiful

La serre de Saint-Laurent, inaugurée officiellement ce mercredi, est la quatrième du genre pour les Fermes Lufa. C’est aussi la plus grande et la plus efficace, précise Jean-Michel Vanier, directeur des finances, qui est avec Lufa depuis huit ans.

Avec ses 163 800 pieds carrés, la nouvelle serre double la superficie cultivée par Lufa sur les toits de Montréal. La prochaine sera encore plus grande, prévoit déjà Mohamed Hage.

En matière de serriculture, big is beautiful. Une plus grande taille permet de produire plus à moindre coût. Les coûts de production de la plus récente installation sont 50 % inférieurs à ceux de la première serre de l’entreprise, grâce à la taille, mais aussi à l’évolution de la technologie.

La décision d’Hydro-Québec d’offrir un tarif réduit aux producteurs en serres n’a pas joué dans la décision de Lufa de prendre de l’expansion, qui a été prise bien avant. L’entreprise utilise du gaz naturel comme source d’énergie et voudrait intégrer du gaz naturel renouvelable, à mesure que sa disponibilité augmentera.

La nouvelle serre utilise 50 % moins d’énergie que notre première, qui est trois fois plus petite.

Jean-Michel Vanier

L’investissement nécessaire à la construction de la serre n’est pas connu. Les Fermes Lufa sont une entreprise privée qui ne divulgue pas ses résultats. « On est profitable, assure toutefois son directeur des finances. On n’a pas le choix de l’être. »

L’entreprise, qui emploie entre 400 et 500 personnes, dont un certain nombre remplissent des paniers de victuailles la nuit, assure n’avoir aucun problème de recrutement. « Des gens intelligents, on n’a pas de difficultés à en recruter, affirme Mohamed Hage. Les gens aiment le travail. On leur donne des bonnes conditions et on a augmenté leur salaire pendant la pandémie. »

Selon lui, Lufa peut aussi compter sur des clients compréhensifs. Quand le Québec s’est confiné, en mars dernier, la plupart des points de chute des paniers ont fermé, rappelle-t-il. Il a fallu organiser en catastrophe un système de livraison à domicile, avec les pépins et les retards que ça implique. Mais les Lufavores, la communauté de plus 60 000 membres qui achètent ses paniers, lui sont restés fidèles, et ils sont plus nombreux que jamais.

Les Fermes Lufa

Fondation : 2010

Nombre d’employés : entre 400 et 500

Quatre sites de production :

• Marché central : 31 000 pieds carrés

• Laval : 42 000 pieds carrés

• Anjou : 62 000 pieds carrés

• Saint-Laurent : 163 800 pieds carrés