La firme montréalaise Fiera Capital, qui est l’un des plus gros gestionnaires de placements indépendants du Canada avec 171 milliards d’actifs sous gestion, a vu son résultat net du deuxième trimestre s’enfoncer dans le rouge sous le poids des frais spéciaux de réorganisation de sa direction, entamée en juin.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Dans ses résultats trimestriels publiés vendredi, Fiera affiche une perte nette de 14,3 millions, ce qui constitue un revirement significatif à court terme par rapport au profit net de 12 millions du trimestre précédent.

En comparaison annualisée, cette perte nette pour le trimestre clos le 30 juin est aussi trois fois plus élevée que la perte de 4,8 millions qui avait été déclarée lors du trimestre correspondant, il y a un an.

Selon la direction de Fiera, la perte nette au deuxième trimestre est surtout imputable à la charge spéciale de 20,9 millions qu’elle a dû comptabiliser en conséquence de « la nouvelle structure de gestion mondiale de la société annoncée le 17 juin 2020 ».

En poste depuis la mi-mars, trois mois avant l’annonce de cette réorganisation, le président et chef de l’exploitation de Fiera, Jean-Philippe Lemay, a expliqué lors de la téléconférence d’analystes que la « nouvelle structure réorganisée en trois groupes opérationnels – les marchés financiers et boursiers, les marchés de placements privés et les fortunes privées – vise à favoriser une collaboration accrue entre nos équipes d’investissement et nos équipes de distribution de notre vaste gamme de services de gestion de placement ».

Cette réorganisation fournira à l’équipe de direction de Fiera une meilleure visibilité et plus d’agilité face aux opportunités et aux défis les plus importants pour l’évolution de l’entreprise à l’échelle mondiale.

Jean-Philippe Lemay, président et chef de l’exploitation de Fiera

Lors de l’annonce de cette réorganisation de la direction, en juin, les dirigeants de Fiera avaient fait savoir qu’ils prévoyaient en obtenir des économies de frais d’exploitation de l’ordre de 5 à 10 millions par an, à compter de l’exercice 2021.

Vers une solution médicale à la pandémie d’ici la fin de 2020

Entre-temps, le plus récent énoncé trimestriel de Fiera Capital montre que ses principaux résultats d’exploitation ont continué à progresser durant les trois mois d’avril à juin, alors que les principaux marchés de placements se remettaient d’aplomb après avoir été très malmenés durant le trimestre précédent.

D’ailleurs, après avoir reculé de 169 milliards à 158 milliards durant les trois premiers mois de 2020, l’actif sous gestion chez Fiera s’est redressé à 171 milliards en fin de deuxième trimestre, somme comparable à celle qui avait été comptabilisée à pareille date l’an dernier.

Lors de sa mise à jour trimestrielle de ses perspectives de marché, le président du conseil et chef de la direction de Fiera, Jean-Guy Desjardins, a indiqué que le « scénario principal » de la firme de gestion de placements s’appuyait sur l’émergence d’une « solution médicale » à la pandémie en fin d’année 2020, ce qui pourrait ouvrir la voie à deux ou trois années de « croissance supérieure » pour l’économie et de « surperformance boursière » pour les investisseurs.

« Nous avons déjà ajusté en ce sens la répartition d’actif dans les portefeuilles de notre clientèle de fortunes privées, notamment. En rehaussant leur pondération en actions, au Canada et en Asie en premier lieu, et ensuite vers l’Europe et les États-Unis », a indiqué M. Desjardins lors de la téléconférence d’analystes.

L’action de Fiera a gagné 4,73 % vendredi

Parmi les résultats de deuxième trimestre annoncés par Fiera, le bénéfice d’exploitation (BAIIA ajusté) s’affiche à 51,9 millions, comparativement à 43,5 millions lors du trimestre précédent (de janvier à mars 2020) et à 45,8 millions lors du deuxième trimestre de 2019.

En conséquence, Fiera Capital affiche un bénéfice net (ajusté) par action de 38 cents au deuxième trimestre clos le 30 juin, par rapport à 20 cents par action lors du trimestre précédent et de 33 cents lors du deuxième trimestre de l’an dernier.

De l’avis de l’analyste Gary Ho, de Valeurs mobilières Desjardins (VMD) à Toronto, les résultats trimestriels de Fiera, quoique un peu « embrouillés » par les frais de réorganisation, s’avèrent « en avance » par rapport aux attentes moyennes parmi les analystes, notamment en ce qui concerne le bénéfice d’exploitation (BAIIA ajusté) et le bénéfice par action (BPA ajusté).

Dans une note à ses clients investisseurs, l’analyste de VMD souligne aussi qu’il apprécie la « progression du contrôle des frais d’exploitation, du rehaussement des flux de trésorerie [cash flow] et la réduction du niveau d’endettement ».

Pour sa part, l’analyste Jaeme Gloyn, de la Financière Banque Nationale à Toronto, dit avoir « une vision somme toute légèrement positive » du deuxième trimestre chez Fiera Capital.

« Selon les résultats divulgués et les commentaires des dirigeants, je considère que les plus et les moins dans les revenus et les dépenses se sont relativement bien équilibrés durant le trimestre », écrit-il dans une note à ses clients investisseurs.

En Bourse, les investisseurs ont aussi manifesté leur satisfaction dans les circonstances en poussant les actions de Fiera Capital en rebond de presque 8 % en cours de séance. Elles ont terminé en hausse de 4,7 %, à 10,88 $.

À ce prix, la valeur boursière de Fiera a récupéré les trois quarts de l’écart entre le creux de 5 $ par action atteint fin mars, au pire de la panique boursière due à la pandémie, et le sommet de 13 $ par action (en 52 semaines) qui avait été atteint fin février.