(Québec) Alors que près de 40 % des entreprises québécoises exigent des connaissances en anglais à l’embauche, Québec promet de déposer rapidement un plan d’action chiffré qui donnera un « sérieux coup de barre » pour que le « français cesse de s’effriter » dans la province.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, s’inquiète du plus récent rapport publié mardi par l’Office québécois de la langue française (OQLF), qui révèle que « 39,8 % des entreprises québécoises ont exigé ou souhaité [qu’une] personne embauchée ait des compétences linguistiques en anglais pour le dernier poste pourvu en 2018, [alors que] sur l’île de Montréal, ce pourcentage s’élève à 62,9 %. »

« Le français au Québec perd du terrain et je ne suis pas fier de ça. Il faut que l’État québécois mette de l’avant plusieurs mesures pour s’assurer de protéger notre langue », a-t-il affirmé.

Le jeune ministre de la Coalition avenir Québec s’est dit préoccupé par ces statistiques dévoilées mardi dans l’Enquête sur les exigences linguistiques auprès des entreprises, des municipalités et des arrondissements de Montréal, réalisée par l’Institut de la statistique du Québec à la demande de l’OQLF. Cette étude révèle entre autres que la nécessité de parler en anglais « à l’intérieur » d’une entreprise ou d’une municipalité est une raison pourquoi un employeur exige des connaissances en anglais à l’embauche.

« 21,2 % des entreprises du Québec ont exigé ou souhaité des compétences en anglais pour cette raison. Sur l’île de Montréal, cette proportion s’élève à 41,4 % », peut-on lire dans le rapport publié par l’OQLF. Puisqu’il s’agit pour l’Office d’une première étude portant spécifiquement sur les exigences linguistiques en milieu de travail, l’organisme a indiqué qu’il n’était pas en mesure de comparer l’évolution de la situation au cours des dernières années.

« Ces statistiques sont extrêmement préoccupantes, a tout de même réagi M. Jolin-Barrette en entrevue. Les Québécois ont le droit de travailler en français, c’est un droit fondamental de pouvoir travailler dans sa langue. »

Le ministre en appelle également à l’exemplarité de l’État, alors que sur l’île de Montréal, 20 % des municipalités et des arrondissements ont exigé en 2018 des connaissances en anglais à l’embauche pour « communiquer oralement à l’intérieur » de leur lieu de travail.

« L’État lui-même doit jouer un rôle exemplaire. […] Il faut s’assurer qu’un corps public comme une municipalité valorise l’utilisation de la langue française », a-t-il dit.

« Un laisser-aller accablant »

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) accueille pour sa part « avec frayeur » ces nouvelles données sur les exigences linguistiques à l’embauche au Québec.

« Ça fait longtemps que nous mettons les gouvernements en garde contre l’anglicisation de la métropole et du Québec. Malheureusement, les gouvernements précédents ont trop longtemps croisé les bras et détourné les yeux en espérant que le problème de l’anglicisation du Québec disparaîtrait comme par magie. Tout ça, c’est le résultat d’un laisser-aller accablant », a déclaré par voie de communiqué le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc.

Le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, a pour sa part demandé au ministre Simon Jolin-Barrette d’annoncer des mesures concrètes pour protéger le français, comme le fait d’assujettir les entreprises de 50 employés et moins à la Charte de la langue française, d’appliquer strictement les mesures prévues par la loi 101 ou d’exiger des entreprises qu’elles justifient pourquoi la connaissance de l’anglais est nécessaire lorsqu’elles le demandent pour un poste. S’il le fait, « il nous trouvera comme allié », a-t-il dit.

« Ça fait des années qu’on sait que la protection de la langue française pose problème à Montréal. Le gouvernement Legault attend quoi pour mettre en œuvre des mesures spécifiques ? Avec cette obsession de l’anglais, les employeurs se privent de plein de talents qui maîtrisent parfaitement la langue officielle du Québec », a pour sa part déploré Sol Zanetti de Québec solidaire.

« D’étude en étude, les données sont chaque fois de plus en plus alarmantes. L’heure est grave. Le gouvernement a le devoir d’agir rapidement. Voilà déjà un bon moment que le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, promet une réforme. Le temps n’est plus aux tergiversations, mais à l’action. Le français a suffisamment régressé comme ça. C’est assez ! », a également affirmé Maxime Laporte du Mouvement Québec français.

L’étude publiée mardi par l’OQLF « rend compte des exigences exprimées par un échantillon de 2460 établissements, représentatif de l’ensemble des 97 528 entreprises québécoises employant 5 personnes et plus, ainsi que des exigences formulées par les 181 municipalités québécoises de plus de 5000 habitantes et habitants et les 19 arrondissements de Montréal. »