Groupe CH a remis un étage en sous-location à la Tour Deloitte

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le marché des bureaux s’ajuste à la nouvelle normalité induite par la pandémie. Pas de krach à l’horizon, mais l’inoccupation sera à la hausse au centre-ville de Montréal. Un exemple : le Groupe CH vient de libérer un étage à la Tour Deloitte.

« Il faut s’attendre à plus de disponibilité de bureaux à Montréal jusqu’à la fin de 2022 », dit dans un entretien Jean Laurin, patron de l’agence immobilière Devencore.

Président du conseil de l’organisme Montréal International, Jean Laurin a ses antennes partout en ville. Il a publié sur le site de son agence deux textes sur l’évolution prévisible du marché des bureaux dans les prochains mois.

« L’automne sera une extension de ce qu’on a connu en juin et juillet, pense-t-il. Les gens ont beaucoup de préoccupations concernant leur santé et celle de leurs proches et sur la gestion de la famille à la rentrée. »

Selon ce vétéran de l’industrie, d’autres programmes gouvernementaux seront nécessaires pour passer à travers les prochains mois.

Dans ce contexte, M. Laurin s’attend à ce que la superficie des bureaux disponibles augmente de 10 à 20 % dès cet automne, principalement en raison de la popularité du télétravail. La superficie libre passerait ainsi de 2,3 millions de pieds carrés à 2,8 millions au centre-ville.

Le flux de bureaux rendus disponibles proviendra en bonne partie des sous-locations. Ce sont des superficies excédentaires qu’un locataire remet sur le marché, généralement avec rabais par rapport au bail principal, dans le but de diminuer ses coûts d’occupation.

Le Groupe CH libère un étage à la Tour Deloitte

Le Groupe CH vient de mettre en sous-location un des deux étages dont il venait de prendre possession à la Tour Deloitte, au 1190, avenue des Canadiens-de-Montréal. Le propriétaire du club de hockey Canadien et principal organisateur de spectacles dans la métropole voulait y concentrer son effectif à proximité du Centre Bell en y intégrant l’Équipe Spectra, qui loge au 400, boulevard De Maisonneuve Ouest. La superficie en jeu représente 22 000 pieds carrés. Le bail expire en 2031.

Le Groupe CH ne veut rien divulguer à ce propos, nous a répondu son porte-parole Paul Wilson.

Le monde du spectacle est frappé de plein fouet par la COVID-19. Depuis le confinement, on a annoncé publiquement le départ du président d’evenko, Jacques Aubé. En mars dernier, le Groupe CH a annoncé la mise à pied de 60 % de ses employés – evenko est la division spectacle du Groupe CH. Elle appartient à 49 % au géant américain Live Nation et à 51 % au Groupe CH.

Le Groupe CH avait lui-même sous-loué quelque temps auparavant deux étages de la Tour Deloitte de Rio Tinto, qui n’en avait plus besoin. Le propriétaire des alumineries du Saguenay–Lac-Saint-Jean occupe maintenant six étages à la Tour Deloitte et 700 employés y travaillent.

L’exemple du Groupe CH n’est pas unique. « Les superficies disponibles en sous-location ont bondi de 43,5 % au deuxième trimestre », souligne Avi Krispine, vice-président directeur et directeur général de CBRE à Montréal.

Au 30 juin dernier, la superficie offerte en sous-location atteignait 228 000 pieds carrés. Ce qui représente la moitié de la taille d’une tour de bureaux typique du centre-ville. « Ce n’est que le début », croit M. Krispine.

Le taux d’inoccupation s’élève maintenant à 10 % dans la région de Montréal, selon CBRE, en hausse de 70 points centésimaux, la plus forte hausse depuis le dernier trimestre de 2017.

Après un premier trimestre stable, l’activité de location s’est pratiquement arrêtée, les occupants ayant interrompu leurs recherches, ce qui a entraîné des transactions de location très limitées sur plus de 20 000 pieds carrés au deuxième trimestre.

L’agence Jones Lang LaSalle, dans un récent rapport de marché

Selon les témoignages de courtiers, des transactions se concluent malgré tout au centre-ville.

Ce sont des baux dont la négociation avait commencé avant la pandémie ou encore de nouveaux contrats de location dont la durée, souvent, ne dépasse pas un an.

M. Laurin, de Devencore, s’attend aussi à ce que des locataires actuels rétrocèdent des locaux au bailleur en échange d’une prolongation de la durée de leur bail actuel. Un phénomène qui va lui aussi contribuer à libérer des bureaux sur le marché à brève échéance.

En banlieue, le marché du bureau a été moins touché par le ralentissement, note CBRE. La superficie des bureaux actuellement occupée a légèrement baissé, mais dans des proportions moindres qu’au centre-ville.