(Hong Kong) Le géant bancaire britannique HSBC a fait état lundi d’un bénéfice net en baisse de 77 % au premier semestre, sous l’effet cumulé de la crise du coronavirus et de l’aggravation des tensions sino-américaines.

Jacques CLEMENT
Agence France-Presse

Sur les six mois, le groupe a dégagé un bénéfice net de 1,97 milliard de dollars, selon un communiqué.

L’effondrement est particulièrement marqué au deuxième trimestre, au cours duquel la banque a réalisé un bénéfice net de 192 millions de dollars, en chute de 96 %.

« Notre performance au premier semestre a été impactée par la pandémie de COVID-19, la chute des taux d’intérêt, la hausse des risques géopolitiques et la plus grande volatilité des marchés », a déclaré le directeur général de la banque, Noel Quinn.

Pertes sur crédit

A l’instar du premier trimestre, la banque a continué de déplorer d’importantes défaillances chez ses emprunteurs au deuxième trimestre, surtout en dehors de l’Asie. Les pertes sur crédit et charges de dépréciation sur crédits s’élèvent à 6,8 milliards de dollars sur les six premiers mois de l’année, soit six fois plus qu’au premier semestre 2019.

L’ensemble des grandes banques britanniques sont contraintes de mettre des milliards de livres de côté pour couvrir la hausse attendue des impayés.

« HSBC illustre la tendance récente avec des provisions massives. Cela devrait continuer et comme la faiblesse des taux d’intérêt pèse sur les revenus, les profits annuels ne seront pas fameux », souligne Nicholas Hyett, analyste chez Hargeaves Lansdown.

Le marché en avait conscience et envoyait le titre de la banque au tapis à la Bourse de Londres, avec une chute de 5,80 % vers 9 h 10 GMT.

Mais avant la crise sanitaire, HSBC était déjà confrontée à d’importantes difficultés liées à la guerre commerciale sino-américaine, ou encore à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

HSBC réalise l’immense majorité de ses bénéfices en Asie, la Chine et Hong Kong étant deux de ses principaux marchés de croissance.

En février, HSBC avait annoncé la suppression de 35 000 emplois sur trois ans et une sévère réduction de voilure aux États-Unis et en Europe, afin de se concentrer davantage sur l’Asie.

En raison de la COVID-19, la banque avait toutefois suspendu temporairement ce plan massif.

« Maintenant que la plupart des gouvernements ont pris leurs marques dans la gestion de la pandémie, nous entendons accélérer la mise en œuvre du plan annoncé en février », a annoncé M. Quinn, sans donner de détails sur de nouvelles mesures.

« Incertitudes géopolitiques »

Le dirigeant s’est montré très prudent quant à la suite de l’exercice.

« Notre performance au deuxième semestre continuera d’être influencée par la trajectoire et l’impact économique de l’épidémie de COVID-19 », a déclaré le Britannique.

« Les incertitudes géopolitiques pourraient peser lourd sur nos clients, en particulier ceux qui sont impactés par les tensions entre les États-Unis et la Chine, et entre le Royaume-Uni et la Chine, et l’avenir des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. »

Un an après les manifestations sans précédent à Hong Kong, la reprise en main musclée de la ville par Pékin, cet été au travers d’une nouvelle loi draconienne sur la sécurité, a contribué à crisper un peu plus les relations entre Pékin d’un côté, et Washington et Londres de l’autre.

« Cependant, le besoin d’une banque capable de jeter un pont entre les économies de l’Est et de l’Ouest est grand, et nous sommes bien positionnés pour remplir ce rôle », a dit M. Quinn.

HSBC est même sortie de sa réserve habituelle sur les questions politiques et a apporté début juin, via son responsable pour l’Asie Pacifique Peter Wong, son soutien au régime chinois à Hong Kong, s’attirant les foudres de responsables politiques au Royaume-Uni et d’investisseurs.

Interrogé lors d’une conférence téléphonique sur le fait de savoir s’il était au courant en avance de la signature par M. Wong d’une pétition soutenant la loi controversée sur la sécurité, Noel Quinn a botté en touche.

« Nous respectons les lois dans toutes les juridictions dans lesquelles nous opérons », s’est-il contenté de dire.