(New York) Malgré les difficultés posées par la pandémie, Tesla a, à la surprise du marché, gagné de l’argent pour le quatrième trimestre de suite entre mars et juin et prévoit d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur avec une nouvelle usine au Texas.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

La propagation de la COVID-19 a de façon générale pesé sur les achats automobiles des consommateurs, confinés et au budget resserré.  

Elle a aussi provoqué la fermeture de l’usine californienne de Tesla jusqu’à mi-mai, déclenchant au passage une passe d’armes entre Elon Musk, qui poussait pour une réouverture rapide, et les autorités locales.

Le constructeur de véhicules électriques basé dans la Silicon Valley a vu ses livraisons baisser de 5 %.  

Ce repli est toutefois bien moins marqué que la chute brutale des ventes de plus de 30 % encaissée par ses concurrents General Motors ou Ford.  

Surtout, l’entreprise dirigée par le fantasque Elon Musk a dégagé un bénéfice net de 104 millions de dollars US et un bénéfice par action de 2,18 dollars, dépassant largement les attentes des analystes qui s’attendaient à ce que le groupe perde de l’argent.  

La rentabilité de Tesla « témoigne d’un modèle économique qui continue à faire baisser les coûts et à améliorer sa production, y compris dans les circonstances difficiles de la pandémie de COVID-19 », a relevé l’analyste Daniel Ives de Wedbush Securities dans une note.  

Tesla continue même à « défier les sceptiques » en réaffirmant son objectif de livrer 500 000 véhicules sur l’année, a souligné le spécialiste.  

Le constructeur de véhicules électriques a en effet affirmé que même si cet objectif était « devenu plus difficile à atteindre » avec l’interruption de la production pendant plusieurs semaines, il comptait bien y arriver.

Le groupe est en train d’augmenter les capacités de production de son nouveau Model Y, un VUS, dans ses usines à Fremont, en Californie, et à Shanghai, en Chine, tandis que la préparation d’une usine à Berlin en Allemagne « continue de progresser ».  

Le projet d’une nouvelle « méga-usine » aux États-Unis s’est pour sa part précisé mercredi : Elon Musk a annoncé qu’elle serait construite au Texas, près d’Austin.  

Le patron a assuré qu’elle serait un « paradis écologique » et qu’elle serait « ouverte au public ».

Le groupe y produira le pick-up électrique Cybertruck et le semi-remorque Semi, a détaillé M. Musk lors d’une conférence téléphonique.

Y seront également fabriqués des Model 3, le véhicule d’entrée de gamme de Tesla, et des Model Y, vendus dans la moitié est des États-Unis.

Cette annonce a été immédiatement saluée par le gouverneur de l’État Greg Abbott, qui s’est félicité d’avoir créé « un environnement économique qui permet à des entreprises comme Tesla d’innover et de réussir ».  

Le projet devrait selon lui « créer au moins 5000 emplois et générer plus d’un milliard de dollars d’investissement ».  

Entrée au S&P 500

À Wall Street, l’action prenait près de 5 % dans les échanges électroniques suivant la clôture de la séance officielle.  

Elle continue ainsi sur sa lancée, Tesla s’étant envolé de plus de 275 % en Bourse depuis le début de l’année.

Avec ses véhicules électriques, le groupe incarne pour beaucoup l’avenir du secteur automobile et il n’a cessé de dégager des profits depuis sa perte de 408 millions de dollars au deuxième trimestre 2019.  

Tesla, qui vaut désormais près de 300 milliards de dollars à Wall Street, a détrôné début juillet le japonais Toyota du rang de constructeur automobile détenant la capitalisation boursière la plus élevée au monde.  

Le fait que le groupe d’Elon Musk affiche mercredi soir un bénéfice pour le quatrième trimestre de suite lui ouvre la porte du S&P 500.  

Être intégré à ce prestigieux indice permettrait à l’action d’être systématiquement incluse dans de nombreux produits financiers qui suivent mécaniquement ses fluctuations, les ETF, et lui donnerait encore plus d’ampleur.  

Certains spécialistes restent toutefois méfiants, à l’instar de Garrett Nelson du cabinet CFRA.  

Les résultats du groupe au deuxième trimestre ont largement été aidés selon lui par « un niveau inhabituellement élevé » de revenus tirés du crédit carbone.

« Tesla a certes réussi à sortir encore une fois un lapin de son chapeau avec ses résultats, mais le prix de son action est à notre avis complètement déconnecté de ses fondamentaux », estime-t-il.