Québecor, deux de ses filiales médiatiques et un chroniqueur du Journal de Montréal poursuivent le Cirque du Soleil et ses dirigeants pour diffamation.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Québecor réplique à une mise en demeure envoyée par le Cirque le 1er mai : le Cirque reprochait alors à Québecor d’utiliser ses médias pour mener une campagne de dénigrement contre lui, dans le but de l’acheter à moindre prix.

Dans une poursuite déposée le 29 juin, Québecor affirme que la mise en demeure véhicule l’idée que les demandeurs (Québecor Média, QMI, et le chroniqueur Michel Girard) « sont contrôlés par Québecor et qu’ils ont accepté d’être [instrumentalisés] par celle-ci afin de nuire le plus possible au Cirque du Soleil ». Or, il s’agit d’une « idée fausse, trompeuse et injurieuse », soutient Québecor.

Outre le Cirque, sont visés dans la poursuite le PDG, Daniel Lamarre, le président du conseil d’administration, Mitch Garber, le chef de la direction financière, Stéphane Lefebvre, l’administrateur David Trujillo – associé chez TPG, principal actionnaire – de même que Manon Brouillette, membre du conseil. Manon Brouillette a été PDG de Vidéotron, principale filiale de Québecor, de 2013 à 2018. Elle a été élue au conseil d’administration de Québecor en mai 2019, puis a démissionné en mars dernier.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Mitch Garber, président du C.A. du Cirque du Soleil

Ces individus sont personnellement visés par la poursuite pour avoir, selon Québecor, acquiescé au contenu de la mise en demeure et permis sa dissémination.

Les poursuivants réclament un total de 280 000 $ en dommages moraux et punitifs.

Une atteinte à la réputation, estime Québecor

La poursuite découle d’une chronique de Michel Girard publiée le 29 avril dans Le Journal de Montréal, intitulée « Le Cirque du Soleil contrôlé depuis un paradis fiscal ».

Reprochant à Québecor d’avoir publié ce texte malgré les dénégations du Cirque sur les informations rapportées, le Cirque a envoyé une mise en demeure à Québecor. « L’objectif avoué de M. Girard, prétend le Cirque, était de nuire aux efforts [du Cirque] dans ses démarches pour obtenir une aide financière ou un financement aux conditions du marché de la part des gouvernements canadien et québécois dans le contexte de la crise actuelle », peut-on lire dans le document. Le Cirque remettait aussi en question « les intentions derrière la publication par les filiales de Québecor de pas moins de cinq chroniques ou articles sur [le Cirque] en moins d’une semaine, lesquels ont manifestement pour but de dénigrer [le Cirque] et ses commanditaires ».

En plus des propos contenus dans la mise en demeure, Québecor accuse le Cirque de l’avoir transmise à La Presse, qui en avait fait état. « Par le coulage de la mise en demeure à La Presse, les défendeurs visaient à discréditer le message véridique […] quant au contrôle du Cirque du Soleil depuis des paradis fiscaux, en attaquant le messager. »

Les avocats de Québecor soutiennent que les demandeurs ont subi et continuent de subir des dommages moraux en raison de cette atteinte à leur réputation.

« Les propos sont particulièrement graves à l’égard de Michel Girard puisqu’ils s’attaquent directement au cœur de son travail et de sa réputation professionnelle bâtie depuis 40 ans », est-il souligné.

Québecor soutient que « les salles de rédaction de Québecor Média et de ses filiales sont indépendantes des services corporatifs de Québecor, et leur contenu éditorial est ainsi développé sans aucune ingérence ou influence de Québecor ».

« Une intention belliqueuse »

Québecor reproche également au Cirque d’avoir refusé de se rétracter après trois demandes de sa part.


La poursuite affirme que les agissements du Cirque sont « symptomatiques d’une intention manifestement belliqueuse et surtout d’une volonté évidente d’intimidation de même qu’une volonté de porter atteinte au droit du public à l’information ».

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor

Québecor a manifesté au printemps son intérêt d’acheter le Cirque, qui traverse une crise grave. La rivalité entre les dirigeants des deux entreprises n’est pas un secret. Le 2 juillet, Pierre Karl Péladeau et Mitch Garber se sont même invectivés sur Twitter. Le grand patron de Québecor a attaqué directement M.  Garber, de même que le PDG Daniel Lamarre, pour leur gestion « plus que déficiente » du Cirque. Mitch Garber a répliqué que sa vie aurait été tellement plus facile et avec beaucoup moins de risques si son père lui avait cédé son entreprise et « quelques milliards ». « Malheureusement, j’ai dû bâtir et apprendre en partant de rien », a notamment écrit M.  Garber.

Le Cirque du Soleil a préféré s’abstenir de commenter la poursuite de Québecor « puisque le dossier est judiciarisé », a indiqué la directrice des relations publiques, Caroline Couillard.

– Avec Louis-Samuel Perron, La Presse