Air Transat deviendra ce mercredi le premier transporteur aérien canadien à s’engager directement à acheter du carburant d’aviation durable à un producteur local, dont il a par ailleurs financé le développement.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le transporteur s’engage à acquérir la totalité de la production de carburant propre de SAF+, un consortium dont il fait partie depuis le début. L’usine pilote du consortium, située dans l’est de Montréal, devait amorcer sa petite production en novembre, mais la crise a ralenti la fabrication des appareils nécessaires. Cette production devrait maintenant s’amorcer au printemps prochain.

Suivra, en 2022, une usine « précommerciale » qui fera passer la capacité de production de quelques dizaines de litres à environ 3 millions de litres annuellement. C’est là qu’Air Transat devrait entrer dans l’équation. Une usine « commerciale », d’une capacité annuelle de 30 millions de litres, est prévue pour 2025 ou 2026.

« Même 30 millions de litres, ce n’est vraiment pas beaucoup pour eux », indique Jean Paquin, président et chef de la direction du Consortium SAF+.

Le procédé conçu par SAF+ récupère des gaz carboniques directement à la sortie de l’usine de grands producteurs. Il est transformé en carburant propre qui peut être mêlé à du kérosène ordinaire et ainsi réduire le bilan d’émission de gaz à effet de serre des appareils.

Le projet-pilote sera relié aux cheminées de Parachem, dans l’est de Montréal. L’endroit, explique M. Paquin, offre aussi l’avantage de la proximité avec les lieux d’arrivée du kérosène à Montréal, facilitant ainsi l’ajout du carburant propre à celui-ci.

Le marché des carburants d’aviation propre est appelé à se développer de façon importante au cours des prochaines années.

Le programme CORSIA de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) vise une réduction des émissions nettes de GES provenant des vols internationaux jusqu’à la moitié du niveau de 2005. D’ici au développement d’avions électriques, qui pourrait prendre encore de nombreuses années, l’utilisation de carburants « propres » apparaît comme la façon la plus plausible de réduire le bilan.

L’usine imaginée par SAF+ est modulaire, de sorte que d’autres exemplaires pourraient rapidement être construits à proximité d’autres grands émetteurs, au Canada ou ailleurs dans le monde, fait valoir M. Paquin.

L’entente survenue avec Air Transat n’a pas encore fixé de prix. « C’est une obligation pour les transporteurs de réduire leurs émissions, ce qui fait que le prix devient un peu moins important », note M. Paquin.

Au Canada, le prix d’émission d’une tonne de carbone est actuellement fixé à environ 22 $. « On pense qu’on va être plus compétitifs que ça », précise M. Paquin.