À l’abri de ses créanciers depuis le 7 mai, le Groupe Aldo a presque doublé sa perte opérationnelle au premier trimestre alors que la pandémie de COVID-19 a perturbé ses activités en plus de provoquer la fermeture de plusieurs de ses magasins.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Pour le trimestre terminé le 2 mai, le détaillant a affiché une perte de 68,1 millions US, alors qu’elle avait été de 35,1 millions US à la même période l’an dernier. Cette information figure dans le plus récent rapport de la firme Ernst & Young, qui agit comme contrôleur au dossier, daté du 16 juin.

« Le Groupe Aldo a continué à afficher des pertes au premier trimestre, notamment en raison de la forte diminution des volumes étant donné que ses magasins ont été fermés pendant une période prolongée en raison de la pandémie », peut-on lire dans le document.

Contrairement aux entreprises cotées en Bourse, Aldo ne dévoile habituellement pas publiquement sa performance financière.

Sans chiffrer précisément les revenus générés par la chaîne de magasins de souliers et d’accessoires, il est précisé que leur déclin est de l’ordre de 45 % par rapport au premier trimestre de l’exercice précédent. Les dépenses ont également diminué de 23,4 %.

En tenant compte des éléments hors exploitation et des gains de change, la perte nette du premier trimestre s’est chiffrée à 48,6 millions US, comparativement à 46,6 millions US il y a un an.

Depuis que la compagnie québécoise, qui est également propriétaire des enseignes Boutique Spring et Globo, s’est tournée vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), elle a notamment éliminé 260 postes à son siège social situé dans l’arrondissement montréalais de Saint-Laurent, en plus d’émettre 276 avis de renonciation à des baux commerciaux.

« (L’entreprise a) continué à gérer ses activités de manière quotidienne, ce qui comprend la réouverture de 199 magasins et la réouverture prévue de 24 points de vente qui avaient été fermés en raison des restrictions gouvernementales », souligne le rapport.

Aldo avait déjà indiqué à La Presse qu’environ la moitié de ses 725 boutiques réparties dans cinq pays — ce qui ne tient pas compte des franchisés — pourraient mettre la clé sous la porte dans le cadre de la restructuration. Dans une entrevue accordée la semaine dernière à l’agence Bloomberg, le ministre l’Économie, Pierre Fitzgibbon, avait indiqué que Québec aiderait la multinationale, ce qui pourrait se traduire par la prise d’une participation dans cette dernière.

Les créances d’Aldo sont évaluées à au moins 640 millions CAN, d’après les documents disponibles. Elle doit notamment près de 40 millions CAN à Investissement Québec, le bras financier de l’État québécois. La société bénéficie de la protection des tribunaux jusqu’à la mi-juillet.

La tempête économique provoquée par la crise sanitaire a également fait d’autres victimes dans le secteur québécois du commerce de détail. En plus d’Aldo, les détaillants Reitmans, Sail Plein Air — qui était derrière les enseignes Sail et Sportium — ainsi que Frank And Oak ont également décidé de se placer à l’abri de leurs créanciers.