Fondé à Montréal il y a 8 ans, le spécialiste des séjours ponctuels Sonder vient de lever des capitaux qui haussent sa valeur à 1,3 milliard US en pleine pandémie.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

C’est ce que soutient Sonder, dont le siège social est aujourd’hui à San Francisco, maintenant qu’elle vient de boucler une opération de financement de 170 millions US.

L’opération a notamment été dirigée par le fonds de capital de risque montréalais iNovia.

Sonder se dit même confiante de recueillir une trentaine de millions US additionnels auprès de nouveaux et d’anciens investisseurs dans les prochaines semaines.

« Il y a une crise du côté de la demande et du côté immobilier, ce qui fait en sorte qu’on a des opportunités de croissance pour augmenter la quantité d’appartements à offrir. On a aussi des investissements importants en technologies à faire pour développer notre plateforme », dit le cofondateur et PDG de Sonder, Francis Davidson.

Ce nouveau financement survient après le ralentissement le plus grave auquel le secteur de l’hôtellerie a été confronté, souligne Sonder sur son site web.

« Bien que nous nous attendions à ce que le rétablissement de la pandémie soit long et difficile, grâce à cette dernière ronde de financement, Sonder est bien placée pour contribuer à un effort de réinvention de l’industrie du voyage au cours des mois et des années à venir », est-il ajouté.

L’argent récolté ce printemps auprès de ses partenaires financiers permettra à Sonder de poursuivre sa croissance. La clôture de l’opération de financement est perçue par la direction de Sonder comme un vote de confiance envers les ajustements stratégiques apportés pour affronter la crise du coronavirus.

« L’accent que nous plaçons sur l’innovation nous a permis de nous orienter rapidement vers des séjours plus longs pour les clients ayant besoin d’un logement pendant la pandémie. Déployée en quelques jours seulement après les premières restrictions en matière de déplacements, cette initiative a été essentielle à notre réussite au cours des derniers mois, ce qui a mené à un taux d’occupation supérieur à la moyenne de pas moins de 40 % au plus fort de la pandémie », précise l’entreprise.

Sonder, qui soutient avoir un taux d’occupation constant à 75 %, se targue d’être un « pionnier » de l’expérience « sans contact » pour les clients. L’entreprise offre notamment l’enregistrement numérique et l’entrée sans clé.

Les dirigeants de Sonder soutiennent que la plus récente ronde de financement n’aurait pas été possible sans la collaboration des propriétaires fonciers qui ont accepté de modifier les modalités des baux.

Sonder signe des baux à long terme en tant que locataire principal ou unique d’un édifice avec des propriétaires immobiliers.

Sonder s’occupe ensuite de louer les espaces pour des séjours de deux jours, deux mois ou deux ans, dans un studio ou un appartement à plusieurs chambres. Le modèle d’affaires vise à transformer l’industrie hôtelière, voire créer une nouvelle génération d’hôtels.

Francis Davidson affirme en entrevue que Sonder pourrait commencer à acquérir des actifs immobiliers. « Mais pas à court terme. Pas dans les 18 prochains mois », dit-il.

Après avoir signé des baux, Sonder débourse des sommes pour que les unités à louer répondent aux standards de la firme. « On achète nos propres meubles, œuvres d’art, tapis, etc. On investit dans chacun des projets », dit Francis Davidson.

Âgé de 27 ans, ce Québécois originaire de l’Outaouais est un ancien étudiant de l’Université McGill. L’idée de créer Sonder lui est venue après avoir sous-loué son appartement durant l’été suivant sa première année à McGill.

Sonder a maintenant levé plus d’un demi-milliard US en capital de risque. Le chiffre d’affaires a atteint 260 millions US en 2019, en hausse de 160 % par rapport à l’année précédente. L’entreprise compte environ 1000 employés, dont 150 au Québec.

Sonder n’a toujours pas décidé dans quelle ville elle installera son siège social canadien. « Nous sommes encore en pourparlers avec les autorités gouvernementales. Nos plans ont été ralentis par la crise. On devait avoir une croissance fulgurante cette année en termes d’emplacements et d’employés, mais 2020 sera une année beaucoup plus lente que prévu. On a donc un peu plus de temps pour prendre notre décision », dit Francis Davidson.

Une inscription en Bourse est par ailleurs assurément dans les cartons. « Ce n’est pas l’objectif principal, mais certainement quelque chose qui va se passer dans le futur. On ne bâtit pas l’entreprise pour qu’elle devienne une acquisition. Ça serait important pour nous d’avoir la possibilité d’être inscrite à la Bourse d’ici deux ou trois ans. On se préoccupe toutefois davantage de la performance des 12 à 18 prochains mois surtout avec le contexte économique actuel », dit le PDG.