Quand elle a repris sa pratique, le 1er juin, la massothérapeute MariÈve McGee a rapidement confirmé que le confinement avait fait mal. Pas tant à son entreprise qu’à ses clients.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

C’est une histoire toute simple, touchante, parce que faite de contacts humains.

Une semaine après avoir relancé sa pratique, la massothérapeute MariÈve McGee a « eu un déclic ».

« Bien que mon approche soit très musculo-squelettique, il y a quelque chose de magique qui se passe, nous a-t-elle écrit. Mes clients n’ont pas été touchés depuis des mois, à l’exception des proches qui habitent sous le même toit qu’eux. Ça me donne un grand privilège ! »

Il n’y a pas de plus petite PME qu’un travailleur autonome. Mais il s’agit tout de même d’une entreprise, avec ses défis, ses satisfactions, ses bénéfices.

MariÈve McGee pratique depuis quatre ans. C’est une seconde carrière, qui a suivi un parcours initial dans le service à la clientèle. Après un an et demi d’études, elle s’était d’abord trouvé un emploi dans un spa. « En spa, on revoit très peu les clients, constate-t-elle au téléphone. On n’a pas beaucoup de temps pour faire l’analyse. »

Elle souhaitait plutôt établir avec sa clientèle une relation à long terme.

C’est ce que je préfère dans mon travail : voir l’évolution d’un traitement à l’autre.

MariÈve McGee, massothérapeute

Elle a donc décidé d’ouvrir un petit bureau à la maison – une maison déjà animée par ses deux enfants. « Quand je recevais des clients, il fallait que tout le monde se calme ! »

Dès qu’elle s’est constitué une clientèle suffisante, MariÈve McGee a fait faire un pas de plus à son entreprise en louant un bureau dans une petite clinique qui réunit quelques spécialistes de médecine alternative, à Laval.

C’était en octobre dernier.

Rapidement, sans qu’on aille jusqu’à dire que les clients se massaient dans la salle d’attente, son carnet de rendez-vous a montré une belle densité.

« J’avais eu un mois de février qui était record, ça allait super bien », raconte-t-elle.

La COVID-19 a alors fait sentir sa main glacée. « Je l’ai vraiment senti comme une claque en pleine face. »

Retour précipité

Le confinement du 22 mars l’a prise par surprise. Le déconfinement du 20 mai aussi.

Quand le gouvernement a annoncé que les soins personnels seraient autorisés dès le 1er juin, elle a eu 10 jours pour se préparer. « Ça a été un peu précipité. »

Les associations de massothérapeutes, sous la direction du comité sectoriel des soins personnels et des autorités, ont préparé un protocole de normes sanitaires.

Comme ses collègues, MariÈve a dû investir dans des masques, des visières et des vêtements de protection qu’il fallait changer entre chaque client.

Curieusement, le protocole demandait au massothérapeute de « favoriser le paiement sans contact ».

« Une semaine plus tard, les exigences avaient changé, constate Mme McGee. Beaucoup de massothérapeutes grognent parce que ça leur a coûté très cher pour s’équiper et déjà, certaines choses ne sont plus nécessaires. »

Et qui voudrait passer entre les mains d’un massothérapeute grognon ?

Malgré tout, elle s’est pliée aux normes de bon cœur et elle a fait connaître son retour dans son réseau et sur sa page Facebook. « Je ne suis pas une grande fan de publicité, je fonctionne plus avec le bouche-à-oreille », glisse-t-elle au passage.

Le 1er juin, dès l’ouverture, un client se présentait à sa porte. Ils ont défilé toute la journée. « La première semaine s’est remplie très, très rapidement », assure-t-elle.

Intimidés par les mesures d’hygiène ou en contraintes financières, certains clients réguliers ne sont pas revenus immédiatement, mais « par contre, j’ai plein de nouveaux clients qui se sont manifestés, justement parce que le confinement a été très dur sur eux, psychologiquement, mais physiquement aussi ».

Elle a vite confirmé, si besoin était, que le contact physique est essentiel. « Certains de mes clients sont célibataires et n’ont pas vu grand monde pendant la pandémie », souligne-t-elle.

Elle a donc porté une attention particulière à mettre encore plus « de bienveillance » que de coutume dans sa touche. « Le premier contact, je le faisais vraiment tout en douceur », décrit-elle.

« J’ai senti que les clients l’appréciaient énormément. Je l’ai senti dans leur respiration, dans leur façon de se laisser aller. »

D’autres le lui ont exprimé plus directement.

Les gens avaient besoin de parler, et parmi les choses qu’ils m’ont dites après leur massage, c’est à quel point ça leur avait fait du bien de se faire toucher.

MariÈve McGee, massothérapeute

Une de ses clientes lui a même écrit.

« Elle m’a dit : “Tu n’as pas idée à quel point ça m’a nourri, ce que tu m’as fait.” Et c’est quelqu’un sur laquelle j’avais travaillé de façon très thérapeutique, pour une problématique assez précise. »

Pour la première fois depuis des lunes, quelqu’un prenait soin d’elle.

Un privilège

MariÈve McGee prévoit de compléter un excellent mois de juin. Après le creux des vacances estivales, elle ignore comment se présentera l’automne, ni si elle devra conserver son attirail de protection.

« J’ai hâte de revenir à la normale, mais si c’est ce qu’il faut pour être capable d’offrir des soins aux clients de façon sécuritaire pour tout le monde, je vais le faire. », assure-t-elle.

« J’insiste sur le privilège d’être capable de toucher les gens. Malgré les masques, malgré les visières et les lunettes, ça reste quelque chose de magnifique. »