Les dirigeants du géant fromager Saputo estiment qu’il faudra quelques trimestres, sinon plus d’un an, pour qu’on assiste à un « retour à la normale » dans l’ensemble de ses activités, notamment dans l’important secteur des services alimentaires et de la restauration, durement frappé par la crise.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Dans ses résultats de fin d’exercice 2020 annoncés jeudi, Saputo affiche un recul de ses profits après que le Grand Confinement eut bousculé la demande pour ses produits vers la fin du quatrième trimestre, en mars.

« Au cours des deux dernières semaines du trimestre, tous les secteurs de l’économie ont subi les effets de la pandémie. Mais pour nous, nos activités au Canada et aux États-Unis l’ont ressenti le plus, alors que la demande des services alimentaires et de la restauration [qui représentent 51 % du chiffre d’affaires de l’entreprise] a fortement diminué », a commenté Lino Saputo fils, chef de la direction de Saputo, lors d’une téléconférence avec des analystes.

« Bien que l’impact sur les revenus trimestriels ne soit pas significatif, le bénéfice d’exploitation [BAIIA] ajusté a été affecté négativement par, entre autres, une charge de dépréciation des stocks – près de 45 millions de dollars – imputables à une baisse des ventes et des prix dans nos principaux marchés, ainsi que la perte d’inventaires de produits laitiers et fromagers qui étaient destinés au secteur de la restauration et qui sont devenus invendables », a ajouté M. Saputo.

Au quatrième trimestre terminé le 31 mars, Saputo a vu son bénéfice net décliner de 28 % à 88,7 millions, alors que ses revenus ont progressé de 15 % à 3,72 milliards, notamment grâce à l’apport des acquisitions réalisées depuis un an.

Abstraction faite des éléments non récurrents, le bénéfice net ajusté du quatrième trimestre s’est établi à 116,5 millions, ou 24 cents par action, en recul de 13 % sur un an.

Les analystes anticipaient un bénéfice ajusté par action de 34 cents, selon le relevé effectué par la firme de données financières Refinitiv.

Longue reprise

« Ce que nous observons, c’est qu’il faudra plus de quelques trimestres pour revenir à la normale », a expliqué Lino Saputo fils aux analystes, lorsqu’il a été interrogé sur la prévision de l’entreprise selon laquelle il faudrait plus que 12 mois pour retrouver les niveaux de l’exercice qui vient de se terminer.

Entre-temps, a souligné M. Saputo, « parmi les choses intéressantes que nous avons vues à travers cette crise, c’est que nous avons été l’une des sociétés laitières qui ont très bien performé en termes de maintien du taux des commandes et des livraisons au secteur du commerce de détail. Nous avons même obtenu de nouveaux clients avec lesquels nous pourrons continuer de faire affaire avec cette crise ».

De l’avis de l’analyste Chris Li, de Desjardins Marché des capitaux, « les perspectives mises à jour par Saputo demeurent largement conformes au message transmis depuis la fin mars sur l’impact de la COVID-19 sur ses affaires ».

« La demande dans le marché des détaillants en alimentation est demeurée forte. Mais dans le marché des services alimentaires [restauration] et de l’industrie alimentaire, qui représente 51 % du chiffre d’affaires de Saputo, le moment et l’ampleur de la reprise demeurent difficiles à prévoir, en dépit des premiers signes légèrement positifs. »

Occasion d’acquisitions ?

Alors qu’il pourrait lui falloir plus d’un an pour réparer les effets de la pandémie sur ces affaires et ses résultats d’exploitation, la direction de Saputo croit néanmoins que cette crise pourrait lui fournir l’occasion d’acquérir certains de ses concurrents n’ayant plus des moyens assez solides pour survivre.

« Il y a plus de possibilités que d’habitude car notre téléphone sonne », a affirmé Lino Saputo fils aux analystes. Pour le moment, il estime que certains des concurrents qui éprouvent des difficultés seraient prêts à se départir d’actifs de second ordre, mais que cela pourrait changer si leur situation ne s’améliore pas.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Lino Saputo fils, chef de la direction de Saputo

Nous sommes dans une position fantastique pour rester sur les lignes de côté et attendre que la bonne occasion se présente.

Lino Saputo fils, chef de la direction

Les acquisitions ont toujours été au cœur de la stratégie de croissance de Saputo, qui, pas plus tard que l’an dernier, a remis les pieds en Europe en déboursant 1,7 milliard CAN afin de mettre la main sur la société britannique Dairy Crest.

Selon de hauts dirigeants, Saputo magasine actuellement en Europe, en Amérique du Nord, en Australie, en Amérique latine ainsi qu’en Nouvelle-Zélande – le seul marché laitier d’importance où Saputo n’a pas encore de présence directe. Au 31 mars, la société disposait d’environ 320 millions en trésorerie et avait accès à des facilités de crédit de 2,8 milliards.

— Avec La Presse canadienne