La pandémie continue de faire des victimes dans la vente au détail. Mardi, les chaînes SAIL et Sportium ont demandé la protection des tribunaux contre leurs créanciers. La fermeture forcée des magasins pendant deux mois a provoqué une perte de ventes de plus de 45 millions de dollars.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Il n’y a pas une entreprise qui a une réserve de 45 ou 50 millions de dollars au cas où elle n’ait plus de ventes ! Il n’y a pas de plaster pour ça », a expliqué en entrevue le président et chef de la direction Norman Décarie. À son avis, « pas grande entreprise peut survivre » à une telle situation.

Le dirigeant a néanmoins confiance qu’une restructuration pourra assurer la pérennité de SAIL Plein Air. Une proposition sera faite aux créanciers en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité. Le détaillant leur doit plus de 100 millions de dollars. Le Fonds de solidarité FTQ est l’un de ses principaux actionnaires.

Le syndic à l’avis d’intention est Ernst & Young.

SAIL Plein Air exploite 14 magasins SAIL (8 au Québec et 6 en Ontario) et 4 Sportium. Ceux-ci poursuivent leurs activités normalement. Leur chiffre d’affaires annuel est de l’ordre de 300 millions.

Un processus d’évaluation visant à déterminer combien de succursales devront être fermées est en cours. « Aucune conclusion » n’a encore été tirée. Le grand patron dit ne pas « avoir assez d’information » pour sceller le sort de la plus récente enseigne, Sportium.

En tout, l’entreprise emploie près de 1800 personnes à son siège social de Laval, dans ses magasins et son centre de distribution.

Écueils en série

La COVID-19 est arrivée pour SAIL après quelques saisons difficiles sur le plan de l’achalandage en magasin. « Depuis 18 mois, la baisse est de 5 à 10 % selon les succursales. Vous comprendrez que c’est énorme. C’est des milliers de consommateurs qui ne passent pas à la caisse », précise M. Décarie.

Cette diminution est directement attribuable à la popularité croissante des ventes en ligne, affirme le dirigeant. SAIL et Sportium se sont dotés de sites transactionnels en 2017. Ceux-ci génèrent entre 4 et 8 % des ventes totales de l’entreprise.

Norman Décarie ne croit pas avoir sous-estimé l’engouement des consommateurs pour les achats en ligne. « On a un entrepôt qui fonctionne bien depuis un an et demi », dit-il.

SAIL affirme aussi que ses magasins sont victimes de « la concurrence déloyale » de ses fournisseurs qui vendent leur marchandise directement en ligne.

PHOTO FRANCOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le président et chef de la direction de SAIL Plein Air, Norman Décarie, dans un magasin Sportium

À la fin avril, M. Décarie avait lancé un véritable cri du cœur lors d’un entretien avec La Presse. Son réseau de magasins, dénonçait-il, était victime d’une cruelle injustice en n’ayant pas le droit d’ouvrir, alors que ses concurrents – Costco, Canadian Tire et Walmart – vendaient des bicyclettes, des vêtements et d’autres équipements sportifs.

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Les achats effectués dans ces trois grandes chaînes ne le seront évidemment jamais chez SAIL ou Sportium. Mais aujourd’hui, M. Décarie refuse de blâmer le gouvernement pour les problèmes financiers de l’entreprise qu’il dirige. Il a tourné la page.

D’autres détaillants du Québec en difficulté

Les magasins de SAIL Plein Air rouverts depuis au moins deux semaines génèrent environ 70 % de leur chiffre d’affaires habituel. Puisque les Québécois et les Ontariens passeront l’été à la maison, « les départements de plein air et de pêche vont en profiter », espère-t-on.

Le premier SAIL a ouvert ses portes à Belœil en 1981. Malgré sa consonance anglophone, son nom est un acronyme francophone signifiant « Surplus d’armée Imirco Limitée ». L’enseigne Sportium a été créée en 2015.

La Cordée (cinq magasins) s’est placé à l’abri de ses créanciers en février dernier. Le détaillant québécois a accumulé des dettes de 22,2 millions.

Depuis le début de la pandémie, Aldo, Reitmans, Coalision (Lolë et Paradox) et Les Entreprises Vagabon (Hangar-29 et Studio) ont demandé la protection des tribunaux. Les chaînes québécoises Bouclair, Stokes et Bentley avaient fait de même dans les mois précédents.