(Montréal) Les résultats d’un sondage mené auprès d’entrepreneurs de partout au Québec laissent perplexe l’économiste Frédéric Laurin, auteur de l’enquête, selon qui l’impact de la pandémie ne respecte aucun modèle économique habituel.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

Un sondage en ligne mené par l’Institut de recherche sur les PME (INRPME) en collaboration avec la Fédération des Chambres de commerce du Québec (FCCQ) a permis d’obtenir le pouls de 1238 entreprises réparties dans chacune des régions au sujet des conséquences de la COVID-19 sur les affaires.

Certaines des régions les plus affectées par la crise économique provoquée par la crise sanitaire seraient, selon les données recueillies, l’Estrie, Lanaudière et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais il semble bien difficile d’expliquer ce constat.

« J’essayais d’expliquer le classement régional et ça ne respecte aucun modèle de développement économique que l’on connaît. Ce n’est pas l’éloignement de Montréal, ce n’est pas l’est contre l’ouest, ce n’est pas le secteur des ressources par rapport aux autres, ce n’est pas zone rurale vs zone urbaine. Il n’y a aucune logique », résume M. Laurin.

L’explication réside sans doute dans la composition sectorielle de chacune des économies régionales, croit le chercheur qui admet devoir creuser bien davantage pour valider cette hypothèse.

D’ailleurs, à l’opposé du spectre, le sondage laisse entendre que la grande région métropolitaine incluant Montréal et Laval serait la moins gravement affectée par la crise. Toutefois, un important problème méthodologique vient remettre ces résultats en question.

La représentation des répondants paraît fortement déséquilibrée avec 201 répondants dans le Bas-Saint-Laurent et 30 à Montréal, ou encore 128 répondants dans Lanaudière et seulement six à Laval. Ce à quoi le chercheur Frédéric Laurin répond que le portrait d’ensemble reste fiable.

« Globalement, c’est assez fiable. Là, où c’est plus problématique, c’est au niveau régional. On était dépendant du nombre de répondants. Si on a au moins 70 à 100 répondants par région on commence à avoir quelque chose d’un peu plus clair comme réponses », justifie-t-il.

Le sondage en ligne a été mené, du 5 au 19 mai, auprès des membres des chambres de commerce et du réseau de contacts de l’INRPME associé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Catastrophe évitée ?

S’il parvient difficilement à expliquer la répartition géographique de la crise économique, Frédéric Laurin convient que le tourisme et la culture en arrachent très sérieusement. Toutefois, le secteur manufacturier aurait réussi à éviter la catastrophe ce qui représente un signe encourageant pour une reprise économique.

« La situation est très grave, mais je m’attendais au pire ! Je m’attendais à une situation catastrophique, souligne-t-il. Les gens comprennent que ce n’est pas une crise normale. C’est une crise avec un début et une fin. Dans une récession normale, on ne sait jamais quand elle va finir. »

Parmi les faits saillants du sondage, on note que 54 % des entreprises ont réduit leurs activités de moitié, voire plus. Le tiers des répondants ont dû mettre à pied plus de 75 % de leurs employés, mais 38,5 % des entreprises n’ont licencié personne ou presque.

La donnée la plus encourageante indique que près de 82 % des répondants n’ont aucune crainte, ou très peu, de faire faillite.

Le chercheur a discuté avec de nombreux entrepreneurs pour en tirer le constat que des entreprises manufacturières ont continué à produire et que des entreprises de services ont augmenté leur chiffre d’affaires, notamment dans les technologies de l’information.

Par ailleurs, lorsqu’on leur demande comment ils entrevoient les prochains mois, les gens d’affaires semblent légèrement plus pessimistes pour la conjoncture économique en général que pour leur propre entreprise, selon M. Laurin.

Une part de 45,1 % des répondants se dit optimiste pour l’avenir de leur entreprise contre une part de 31,2 % qui se dit pessimiste. La part de pessimistes grimpe à 47,4 % face à l’économie en général. Ce sentiment se traduit également par une réticence à investir.

L’économiste est lui-même plutôt positif affirmant que les choses « ne sont pas aussi pires qu’on le dit ».

« On compare toujours à une crise normale et ce n’est absolument pas une crise normale. Dans une crise normale, un taux de chômage à 7-8 % va aggraver davantage la situation tandis que maintenant les gens vont revenir au travail très rapidement », plaide l’expert de l’INRPME.

Frédéric Laurin va même plus loin en mettant en garde contre un « surpessimisme » qui pourrait s’avérer plus nuisible en affectant le moral des investisseurs et des consommateurs.