Le plus grand épicier du Canada s’attend à subir des « pressions financières » à l’avenir, à mesure que les habitudes d’achat des clients changeront et que les coûts augmenteront pendant la pandémie de COVID-19.

Aleksandra Sagan
La Presse canadienne

Les Compagnies Loblaw ont enregistré récemment une augmentation de leurs ventes, tout comme les autres grands épiciers du Canada — Metro et Empire —, car les clients ont fait des provisions d’aliments en préparation à leur confinement à la maison et à la fin de leurs sorties au restaurant.

Le premier trimestre de la société « était l’histoire de 14 jours », a affirmé la présidente, Sarah Davis, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes mercredi après que Loblaw, qui détient les épiceries Loblaws et les pharmacies Shoppers Drug Mart (les chaînes Provigo et Pharmaprix au Québec), a publié ses plus récents résultats trimestriels.

Loblaw a observé « une ruée vers le commerce de détail » lorsque les mesures pour combattre la pandémie du coronavirus ont été annoncées, a-t-elle expliqué, notant que le nombre de clients et la taille du panier avaient quadruplé et que le trafic de ses activités en ligne avait triplé.

Le directeur financier, Darren Myers, a indiqué qu’au cours des deux semaines qui ont pris fin le 21 mars, Loblaw avait vu les ventes de ses épiceries augmenter d’environ 44 %. Les ventes des produits pharmaceutiques ont augmenté de 26 %, tandis que celles des autres produits vendus en pharmacie ont bondi de 42 %.

Loblaw calcule que la pandémie a généré des revenus supplémentaires de 751 millions au cours du trimestre, a-t-il précisé.

Avenir difficile à prévoir

Les points positifs ont été partiellement contrebalancés par l’augmentation des coûts d’exploitation liés au coronavirus, qui ont commencé à augmenter vers la fin du premier trimestre.

« Il est très difficile de prédire comment les ventes évolueront », a affirmé M. Myers, notant que la société s’attendait, par exemple, à une possible diminution des catégories de dépenses discrétionnaires.

« Depuis le début du deuxième trimestre, nous avons connu un changement prononcé dans la trajectoire de nos ventes. »

Au cours des cinq premières semaines du deuxième trimestre, les ventes de produits alimentaires ont augmenté d’environ 10 %, a-t-il dit, mais les ventes de médicaments ont diminué d’environ 6 %.

La société connaît également des baisses dans ses catégories de vêtements, de marchandises générales et de beauté, qui sont « toutes des parties à marge relativement élevée de notre entreprise », a souligné Mme Davis.

Les ventes de marchandises générales et de vêtements montraient un recul par rapport à l’an dernier au cours des deux dernières semaines du premier trimestre, a-t-elle précisé, et continuent de l’être pendant la plupart des semaines du deuxième trimestre jusqu’à maintenant. Les ventes de vêtements connaissent une baisse plus importante.

Ces reculs surviennent à mesure que les coûts liés aux COVID se poursuivent.

Loblaw consacre environ 90 millions toutes les quatre semaines pour ses efforts visant à assurer la sécurité des magasins pour les clients et les employés, pour des augmentations de salaire temporaires et d’autres mesures, a expliqué M. Myers.

« Il est incroyablement difficile pour nous de prédire l’avenir après tout cela », a-t-il affirmé lorsqu’on lui a demandé combien de ces nettoyages, heures supplémentaires et autres coûts Loblaw s’attendait à devoir intégrer de manière permanente à ses activités.

« Je dirais que ce sont des coûts temporaires en ce moment que nous prévoyons de continuer à traverser la pandémie, mais il est trop difficile pour chacun d’entre nous de prédire ce qui se passera par la suite. » Loblaw s’attend à ce que ces coûts frappent plus lourdement au deuxième trimestre.

Trois fois plus de commandes en ligne

Un point positif pour l’entreprise a été le triplement de la demande pour ses services en ligne, qui comprennent à la fois des options de ramassage en magasin et de livraison à domicile. Les ventes de vêtements, de beauté et de pharmacie en ligne de la société sont toutes en hausse, a déclaré Mme Davis.

Loblaw ne s’attendait pas à ce niveau de demande avant deux ou trois ans, a-t-elle précisé.

L’entreprise a travaillé pour augmenter sa capacité à répondre à de nombreuses commandes en améliorant sa technologie et en augmentant les heures de travail, entre autres choses.

Les clients ont connu des retards en raison de l’augmentation de la demande, a-t-elle indiqué, en particulier dans les grands centres. Le temps d’attente moyen est maintenant de six jours, a-t-elle précisé, mais un plan est en place pour un retour à un délai d’exécution quotidien.

« Nous avons ajouté de la capacité aussi vite que possible afin (revenir à ce niveau). »

Bien qu’il soit « difficile d’anticiper précisément comment notre entreprise évoluera dans toute nouvelle norme émergente », le président exécutif Galen Weston a indiqué que l’entreprise estimait que « l’épicerie en ligne conservera une part importante de la pénétration actuelle des ventes. »

Il a également noté qu’un plus grand nombre de clients réagissaient aux stratégies de promotion numérique et adoptaient des services de santé numériques, et les tendances potentielles des clients devraient accélérer considérablement par rapport à la période précédant la pandémie, croit Loblaw.

Profits et revenus en hausse

La société a réalisé un bénéfice attribuable à ses actionnaires ordinaires de 240 millions, ou 66 cents par action, pour la période de 12 semaines close le 21 mars.

En comparaison, ce bénéfice avait été de 198 millions, ou 53 cents par action, lors du même trimestre l’an dernier.

Les revenus ont totalisé 11,8 milliards, alors qu’ils avaient été de 10,7 milliards au premier trimestre de 2019.

Les ventes des magasins d’alimentation ouverts depuis au moins un an ont grimpé de 9,6 %, tandis que celles des pharmacies ouvertes depuis au moins un an ont avancé de 10,7 %.

Sur une base ajustée, Loblaw a réalisé un bénéfice de 352 millions, ou 97 cents par action, comparativement à un profit de 290 millions, ou 78 cents par action, un an plus tôt.