Les barricades qui ont handicapé son réseau pendant environ un mois en février n’ont à peu près pas influé sur les résultats financiers du premier trimestre au CN. Mais la COVID-19 force l’entreprise à revoir ses plans pour le reste de l’année.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le CN a enregistré au premier trimestre 2020 des revenus presque identiques à ceux de l’année précédente, à 3,5 milliards, et un bénéfice net en hausse de 28,6 %, à 1,011 milliard de dollars.

Le plus important chemin de fer au Canada a néanmoins commencé, en avril, à ressentir les effets du confinement et du ralentissement économique qu’il a entraîné.

Plus précisément, le volume d’affaires de l’entreprise a chuté d’environ 15 % depuis le début du mois d’avril, a indiqué l’entreprise. Les secteurs de l’automobile, des produits industriels (foresterie, métaux, minéraux) et du pétrole sont particulièrement touchés. Les envois de grain, d’or, de potasse et de charbon, entre autres, résistent mieux.

Les résultats du premier trimestre « démontrent notre capacité à réduire nos coûts rapidement, s’est réjoui le chef de la direction financière, Ghislain Houle, lors d’une conférence téléphonique destinée aux analystes financiers. En combinaison avec notre bilan fort, cela sera utile pour les prochains mois. »

L’entreprise avait mis à pied 3100 employés à la fin de mars.

Retrait des prévisions

Pour ces raisons, l’entreprise a retiré ses prévisions financières pour l’année 2020 ainsi que l’aperçu sur trois ans qu’elle avait donné lors de sa dernière journée consacrée aux investisseurs, à une exception près.

Ainsi, elle a communiqué une prévision de flux de trésorerie positif de 2,5 milliards pour 2020, dans un « scénario du pire » qui inclurait une chute encore plus importante que les 15 % actuels, sur l’ensemble du reste de l’année.

La prévision de flux de trésorerie pour 2020, communiquée à la fin de janvier, faisait état de surplus de 3 à 3,3 milliards de dollars. Le CN avait dégagé des flux de trésorerie de 2 milliards en 2019, mais il s’agissait d’une année de forts investissements en immobilisation (7,4 milliards contre 3 milliards cette année).

« Les liquidités font foi de tout ces temps-ci, alors nous voulions quand même vous donner un aperçu », a expliqué le président et chef de la direction, Jean-Jacques Ruest.

Par ailleurs, « le CN est déterminé à maintenir l’augmentation de 7 % du dividende en 2020, comme il a été annoncé précédemment », a-t-on indiqué dans un communiqué.

Fabrication locale : pas d’inquiétude

La pandémie actuelle a par ailleurs fait en sorte que la direction du CN a dû répondre à quelques questions d’analystes inquiets de voir les appels à une plus grande production locale nuire à ses résultats à plus long terme.

M. Ruest et le vice-président sénior à la chaîne d’approvisionnement des produits de consommation, Keith Reardon, ont minimisé ces craintes. Outre des produits « que l’on voit actuellement être transportés par avion » comme des masques de protection, la production continuera de se faire à l’étranger, ont-ils avancé.

« L’économie mondiale va ralentir, donc le transport par rail va ralentir, a indiqué M. Ruest. Mais si ça ne vient pas de Chine, ça viendra d’ailleurs en Asie ou du Mexique. »

« Si je regarde ce que l’on transporte, des voitures, des produits électroniques ou des vêtements, je ne vois pas la production de tout cela revenir au pays, a ajouté M. Reardon. Il n’y a pas d’enjeu de sécurité. »