(New York) Le trafic aérien mondial ne retrouvera pas son niveau d’avant la pandémie de coronavirus avant plusieurs années, a estimé lundi David Calhoun, le patron de Boeing, évoquant une période de deux à trois ans, lors de la réunion annuelle du groupe.

Agence France-Presse

M. Calhoun a par ailleurs annoncé qu’il faudrait de 3 à 5 ans avant que les dividendes de Boeing ne soient restaurés, l’avionneur américain subissant de plein fouet les répercussions économiques de la crise de la COVID-19.  

Ces difficultés s’ajoutent aux déboires de Boeing sur son 737 MAX.  

« La crise sanitaire ne ressemble à rien de ce que nous ayons connu auparavant », a commenté M. Calhoun.

« Cela prendra plusieurs années avant un retour (du trafic aérien, NDLR) aux niveaux précédant la pandémie », a-t-il ajouté.

M. Calhoun a dressé un tableau sombre des perspectives du secteur aérien en général et de Boeing en particulier.

L’industrie dans son ensemble pourrait perdre 314 milliards de dollars en 2020, a-t-il prédit, ce qui risquerait d’être fatal pour certains transporteurs aériens.

Pour Boeing, la priorité semble être le remboursement des dettes et le maintien de la chaîne d’approvisionnement du groupe.

« Nous savons que nous allons devoir emprunter de l’argent au cours des six prochains mois », a affirmé M. Calhoun.

Déjà en grande difficulté avec la crise du 737 MAX, cloué au sol depuis plus d’un an après deux accidents mortels ayant fait 346 morts, l’avionneur américain craint de perdre des milliards de dollars supplémentaires à cause de la pandémie, qui a mis un coup d’arrêt au transport mondial.

Le groupe devrait prochainement engager des discussions avec le Trésor américain pour d’éventuelles mesures fédérales de soutien économique.

Boeing a déjà reçu environ 17 milliards de dollars via un plan de sauvetage titanesque approuvé fin mars, qui limite les dividendes et le rachat d’actions pour les entreprises recevant l’aide du gouvernement.

Selon les avocats qui les représentent, les familles des victimes des accidents du MAX ont adressé une pétition au secrétaire américain du Trésor Steven Mnuchin, lui demandant de bloquer les fonds tant que Boeing ne respectera pas de strictes normes de sûreté et de gouvernance.

Réélection de membres du CA

Lors de la réunion annuelle du groupe, qui s’est tenue à distance en raison des mesures de distanciation en vigueur aux États-Unis, certains actionnaires ont pris la parole au sujet de dirigeants de Boeing.  

L’agence de conseil en vote (« proxy advisor ») Institutional Shareholder Services avait recommandé de ne pas réélire quatre membres du conseil d’administration en raison des catastrophes aériennes, citant leur incapacité à superviser la stratégie et la culture de l’entreprise.

Ces quatre dirigeants ont pourtant été réélus par les actionnaires.

Une courte majorité d’investisseurs a en revanche voté contre une disposition visant à faire du président du conseil d’administration un membre indépendant du CA.

Boeing a séparé les rôles de directeur général et de président du conseil d’administration en réponse à la crise du MAX.  

Lors de son intervention, M. Calhoun a également défendu la décision de son entreprise de renoncer à un paiement de 4,2 milliards de dollars pour racheter les activités civiles de son concurrent brésilien Embraer.

Embraer a prévu de poursuivre Boeing pour les dommages occasionnés.

Le patron de l’avionneur a aussi prédit que l’industrie aérienne connaîtrait un fort rebond à l’issue de la crise de la COVID-19, mais a estimé que le chemin serait long.

Il a laissé entendre que les avions pourraient être repensés pour prendre en compte les mesures de distanciation.

« Nos clients vont sans aucun doute devoir créer une nouvelle relation avec les voyageurs », a expliqué M. Calhoun, précisant que « pour nous tous, ça va être un apprentissage. »

L’avionneur américain doit faire part de ses résultats trimestriels mercredi avant l’ouverture de Wall Street.

Depuis le début de l’année, l’action de l’entreprise a perdu plus de 60 % sur la place new-yorkaise, sa valeur boursière fondant de plus de 110 milliards de dollars.