Alors que des milliers d’entreprises sont encore paralysées par les règles de confinement, la Société en commandite Airbus Canada, dont Québec est actionnaire à 25 %, a procédé cette semaine à trois vols de qualification d’un appareil A220, activité qui ne figure pas sur la plus récente liste des activités essentielles publiée par le gouvernement.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

L’opération, qui nécessite la présence en cabine de deux pilotes, est considérée par Airbus comme faisant partie de ses « activités de préparation au redémarrage », l’une des catégories d’activités que lui a explicitement permises Québec, avec entre autres la maintenance des bâtiments et des avions, la réception de pièces ou le soutien administratif « critique ».

« L’entreprise doit réduire ses activités au minimum, ce qu’Airbus fait », a fait valoir jeudi soir Mathieu St-Amand, porte-parole du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

« Elle peut toutefois maintenir un niveau d’opérations minimal afin d’assurer la reprise régulière de ses activités, en tenant compte des directives de la Santé publique. »

Or, tant au gouvernement que du côté de l’entreprise à Mirabel, on peinait à expliquer en quoi les vols effectués mercredi, jeudi et vendredi étaient essentiels à la reprise des activités ou en quoi leur report aurait empêché le retour au travail des employés le 5 mai.

Livrer plus rapidement

Les « vols de qualification » sont effectués par l’entreprise, au terme de l’assemblage de l’avion, pour en valider la qualité avant d’amorcer le processus de livraison au client, qui effectuera ensuite ses propres vols d’essai avant d’en prendre officiellement possession. Dans ce cas-ci, l’appareil, un A220-300, est destiné à Air Canada.

Une part très importante du prix de l’avion est normalement versée au moment de la livraison.

« Avant de pouvoir les livrer, il faut les faire voler, a résumé vendredi une porte-parole d’Airbus au Canada, Marcella Cortellazzi. On veut pouvoir dès le 5 mai amorcer des activités de livraison. »

L’entreprise reconnaît qu’il lui est interdit actuellement d’effectuer des tâches d’assemblage de nouveaux avions et affirme ne pas le faire. Mais la porte-parole admettait être incapable de préciser en quoi la tenue de vols de qualification différait d’une telle tâche, laquelle pourrait aussi permettre d’accélérer les activités au moment de la reprise.

« Tout ce que je peux faire, c’est réitérer le fait que les activités que l’on fait jusqu’au 5 mai sont afin de préparer la relance des activités », assure-t-elle.

Faire des vols de qualification fait partie, pour nous, de préparer la livraison. Ça fait partie, pour nous, des activités essentielles pour préparer le redémarrage. Maintenant, ça dépend où on met le curseur.

Marcella Cortellazzi, une porte-parole d’Airbus au Canada

L’entreprise précise que ces vols ont été effectués « dans le respect d’un protocole strict pour assurer la santé et la sécurité des personnes impliquées ».

Dans un échange de messages texte, M. St-Amand a indiqué que le gouvernement « ne valide pas l’ensemble des opérations des entreprises avant de donner un avis ». Interrogé pour savoir si, à titre d’actionnaire, Québec ne devrait pas être plus vigilant avec les activités de cette entreprise en particulier, il a affirmé que les mêmes directives étaient envoyées à toutes les entreprises.