(New York) Le constructeur aéronautique Boeing a finalement renoncé samedi à racheter les activités civiles de son concurrent brésilien Embraer, dernière secousse en date pour le groupe américain déjà confronté à la crise sanitaire du coronavirus et aux déboires du 737 MAX.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

Selon un protocole d’accord noué en juillet 2018, Boeing devait, contre 4,2 milliards de dollars, prendre à 80 % le contrôle d’une coentreprise comprenant la division d’Embraer produisant des avions commerciaux de 30 à 150 sièges. Une façon pour le constructeur américain de concurrencer plus directement son rival européen Airbus sur le marché des avions régionaux.

Une seconde coentreprise devait être chargée de la commercialisation de l’avion militaire C-390 Millenium du groupe brésilien, qui fabrique aussi des jets d’affaires.

Alors que les transactions devaient être finalisées au 24 avril, Boeing « a exercé son droit d’y mettre fin dans la mesure où Embraer n’a pas satisfait les conditions nécessaires », a indiqué le groupe américain dans un communiqué sans préciser les critères manquants.  

« C’est très décevant », a commenté dans le communiqué Marc Allen, responsable du partenariat avec Embraer chez Boeing. « Mais nous avons atteint un point où continuer les négociations dans le cadre du protocole d’accord ne permettrait pas de résoudre les problèmes restants », a-t-il ajouté.

Embraer a vivement réagi en accusant Boeing d’avoir « illégalement » rompu leur accord et d’avoir avancé des « arguments fallacieux » pour ne pas remplir ses engagements et payer 4,2 milliards de dollars.  

Selon le groupe brésilien, Boeing ne souhaitait plus mener à bout l’opération « au vu de sa propre condition financière » et des problèmes entourant « le 737 MAX, d’autres activités et sa réputation ».

Embraer prévoit à cet égard de poursuivre Boeing pour les dommages occasionnés. Selon l’agence Bloomberg, le groupe américain pourrait avoir à payer jusqu’à 100 millions de dollars de frais d’annulation.  

Contacté par l’AFP, Boeing a estimé ne pas avoir à payer ces frais.

Concurrencer Airbus

Si le groupe américain n’a pas souhaité préciser pas les raisons du renoncement à cette opération, il intervient de fait à un moment difficile pour le constructeur aéronautique.

Les mesures de confinement imposées un peu partout dans le monde pour enrayer la propagation de la COVID-19 ont réduit à peau de chagrin le transport aérien et les compagnies multiplient les annulations ou reports de commandes.  

Boeing a aussi dû suspendre l’activité dans ses usines aux États-Unis pendant plusieurs semaines, avant de commencer à les rouvrir graduellement ces derniers jours.

Boeing reste par ailleurs englué dans les déboires du 737 MAX, cloué au sol depuis plus d’un an après deux accidents ayant fait 346 morts. Les incertitudes entourent le calendrier de sa remise en service.

La valeur de l’entreprise a fondu de 61 % à la Bourse de New York depuis le début de l’année.

Pour survivre à la pandémie, le groupe a récemment demandé 60 milliards de dollars au gouvernement fédéral pour lui et ses 17 000 sous-traitants américains.  

Embraer aussi traverse une mauvaise passe. Fin mars, il avait fait état de pertes importantes au quatrième trimestre 2019 et avait renoncé à annoncer des objectifs pour 2020 en raison des incertitudes liées à l’impact de la pandémie sur l’industrie aéronautique.

Depuis janvier, son action à la Bourse de Sao Paulo a chuté de presque 60 %.

Le projet de fusion entre les deux entreprises avait été annoncé quelques jours après l’entrée en vigueur d’un partenariat entre Airbus et Bombardier, qui a permis à l’Européen de prendre le contrôle du programme de l’avion moyen-courrier CSeries.  

L’opération devait permettre à Boeing de concurrencer son principal rival dans le segment des avions régionaux. Elle devait parallèlement permettre à Embraer de bénéficier de la force de frappe commerciale de Boeing.  

La transaction avait reçu le feu vert de l’ensemble des autorités impliquées, sauf celui de la Commission européenne. Cette dernière, craignant que le rapprochement envisagé ne supprime le troisième plus grand acteur du marché mondial sur le secteur déjà fortement concentré de l’aviation commerciale, avait ouvert une enquête approfondie.