(New York) Delta Air Lines envisage de se restructurer pour survivre à la pandémie de COVID-19, qui risque de causer la faillite de nombreuses compagnies aériennes à court de trésorerie.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

Le transporteur américain a annoncé mercredi sa première perte trimestrielle depuis 2014, indiquant avoir perdu 534 millions de dollars lors des trois premiers mois de l’année, contre un bénéfice de 730 millions à la même période un an plus tôt.  

Les mesures de confinement, les interdictions d’entrée sur le territoire et le recours massif au télétravail pour endiguer la propagation de la COVID-19, maladie causée par le nouveau coronavirus, ont fait brutalement chuter le transport aérien dans le monde entier.

« Pour s’en sortir dans un tel environnement, nous allons devoir redimensionner notre activité à court terme pour la protéger sur le long terme », a déclaré le PDG Ed Bastian, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes.

Il n’a pas dit la forme que prendra cette restructuration de l’activité – cessions d’actifs, suppressions d’emplois ou fusion ? – mais a rappelé que la crise sanitaire a forcé Delta à annuler 90 % de ses vols en mai et 85 % déjà pour le mois de juin.

« Nos avions opèrent actuellement à 5 % de leurs capacités », a souligné M. Bastian, qui ne voit pas le bout du tunnel avant trois ans.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Ed Bastian

Alors que des États américains, notamment celui de Géorgie où est basé Delta, ont annoncé une reprise imminente de l’activité économique, le dirigeant plaide pour une approche plus prudente et graduelle.

« Tant que les voyageurs ne se sentiront pas en sécurité, ils ne prendront pas l’avion », argumente-t-il. « Nous avons traversé beaucoup de crises dans notre industrie, mais celle-ci est unique pour nous dans le sens où les gens ont physiquement peur de sortir de chez eux. Nous devons leur redonner confiance pour qu’ils recommencent à voyager ».

6 milliards dans les caisses

En attendant, Delta essaie de survivre en réduisant ses coûts et en se tournant vers l’État pour renforcer sa trésorerie.

L’entreprise brûle 100 millions de dollars par jour depuis mars, mais espère réduire de moitié ce train, à 50 millions en juin.

Si elle y parvenait, Delta pourrait atteindre son objectif de disposer de 10 milliards de dollars de trésorerie à la fin du deuxième trimestre. Il y avait 6 milliards de dollars dans les caisses au 31 mars.

La compagnie a en outre passé des accords pour vendre des avions qu’elle reprendra ensuite en crédit-bail et 37 000 employés, soit 41 % de ses effectifs globaux, ont été mis en congés sans solde.

Comme les autres grandes compagnies aériennes américaines, la société a fait appel au programme de soutien à l’emploi lancé par l’administration Trump.  

Delta doit toucher 5,4 milliards de dollars dont 3 milliards sous forme d’aide et le restant sous forme de prêts sur 10 ans avec un taux d’intérêt de 1 % sur les 5 premières années et 2 % sur le reste de la maturité.

La tranche d’aide du Trésor est conditionnée par la préservation des emplois au moins jusqu’au 30 septembre, la suppression du dividende et des rachats d’actions jusqu’en septembre 2021.

Delta envisage également d’emprunter jusqu’à 4,5 milliards de dollars au Trésor dans le cadre du plan de sauvetage du transport aérien adopté par le Congrès américain.

Le chiffre d’affaires au premier trimestre a reculé de 18 % sur un an à 8,6 milliards de dollars.

Il devrait chuter de 90 % au deuxième trimestre, a prévenu, début avril, Ed Bastian malgré des prix bas du kérosène.

Delta compte atténuer le choc en réduisant ses dépenses d’au moins 5 milliards de dollars comparé au deuxième trimestre 2019.

Lundi, United Airlines, rivale de Delta, a annoncé avoir accusé une perte d’exploitation de 2,1 milliards de dollars au premier trimestre. American Airlines, l’autre grande compagnie aérienne américaine, n’a pas encore livré ses résultats trimestriels.