Les fraises du Québec seront bientôt offertes dans les supermarchés tout au long de l’année. Ferme d’hiver a mis au point une technologie permettant de cultiver le populaire fruit rouge, de mai à octobre, à l’intérieur de ce qui s’apparente à de gros frigos.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

L’objectif de l’entreprise, qui distribuera ses fraises dans des supermarchés IGA de la grande région de Montréal dès le mois d’octobre : réduire les importations de fraises de 10 % d’ici cinq ans.

Bien que les consommateurs soient nombreux à jeter leur dévolu sur les paniers de fraises d’ici pendant la saison estivale, le petit fruit consommé par les Québécois provient majoritairement d’ailleurs, en raison de la courte durée de la saison chez nous.

À peine 30 % des fraises vendues en magasin pendant une année ont été cultivées dans la province, selon l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec.

On va amener dans l’imaginaire québécois que la fraise d’automne est bonne et que la fraise d’hiver est aussi bonne. Le but, c’est de nourrir notre monde.

Yves Daoust, président fondateur de Ferme d’hiver

Pour y arriver, son entreprise a travaillé pendant deux ans à l’élaboration d’une technologie permettant de contrôler l’air, l’eau, la lumière et le vent. « Imaginez de gros frigos d’épicerie », illustre M. Daoust. Ce sont en quelque sorte des boîtes réfrigérées – appelées salles de croissance – dans lesquelles on installe des murs verticaux de fraises maintenues à une température d’environ 22 °C le jour. Et elles sont à l’abri des intempéries.

Chaque salle, d’une hauteur de huit mètres, peut contenir 50 plants par mètre carré, comparativement à une serre qui a une capacité de 10 plants par mètre carré, explique M. Daoust. Les premières fraises sont actuellement cultivées dans les locaux de l’entreprise à Brossard. 

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Chaque salle, d’une hauteur de huit mètres, peut contenir 50 plants de fraises par mètre carré, comparativement à une serre qui a une capacité de 10 plants par mètre carré.

Le président de Ferme d’hiver, qui a obtenu un soutien d’Investissement Québec, veut toutefois créer un réseau de maraîchers pour produire hors saison et fournir tout le Québec.

En résumé, l’agriculteur se procure la technologie. Ferme d’hiver vient l’installer et garantit la vente de toute sa production. L’entreprise a en effet conclu une entente pour vendre ses fraises dans les 295 IGA du Québec. Impossible toutefois de savoir quelle somme devront débourser les producteurs désireux de se procurer les salles de croissance de Ferme d’hiver. M. Daoust assure toutefois qu’ils sont nombreux à avoir manifesté leur intérêt. Éventuellement, ces frigos nouveau genre pourraient servir à d’autres types de culture comme la laitue, les fines herbes ou les pois mange-tout.

Damer le pion aux fraises étrangères

Par ailleurs, les fraises d’hiver de l’entreprise se trouvent actuellement sur les étals d’un magasin IGA de Longueuil. Elles sont vendues 5,99 $ le litre. L’automne prochain, avec plus de volume, de nombreux supermarchés de l’enseigne situés dans la grande région de Montréal pourront en offrir à leurs clients et, à terme, les 295 épiceries du Québec en recevront.

« Le but, c’est d’en arriver à ce que nos besoins en fraises importées diminuent », explique Francis Bérubé, directeur des achats et de la mise en marché des fruits et légumes chez Sobeys (IGA). Rappelons que depuis quelques années, Savoura, surtout connue pour ses tomates, cultive des tomates en serre en hiver. Selon M. Bérubé, l’arrivée d’un nouvel acteur « va aider à combler les besoins ». « On va prendre tout ce qu’ils produisent », a ajouté M. Bérubé.

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Les fraises de Ferme d’hiver se trouvent actuellement sur les étals d’un magasin IGA de Longueuil.

Importations de fraises

3720 tonnes métriques : quantité de fraises fraîches importées au Québec en 2017
6527 tonnes métriques : quantité de fraises congelées importées au Québec en 2017
37 % : proportion de fraises importées des États-Unis
22 % : proportion de fraises importées du Chili
Source : ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec