(Calgary) Des groupes de l’industrie et des environnementalistes ont salué un plan fédéral de sauvetage de plusieurs milliards de dollars pour le secteur pétrolier et gazier, mais ces acteurs en attendaient de part et d’autre davantage du gouvernement fédéral.

Mia Rabson
La Presse canadienne

« Nous attendons des détails supplémentaires sur la bonification du soutien (à l’industrie), une question d’une importance cruciale alors que les entreprises tentent de traverser la crise actuelle », a déclaré le PDG de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan.

Le porte-parole de Greenpeace Canada, Keith Stewart, a dit croire que l’argent devrait être lié aux changements réglementaires en Alberta « pour s’assurer que la province met en place un programme de pollueur-payeur, afin que le public ne se retrouve pas avec ces responsabilités à l’avenir ».

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que son gouvernement prévoyait de dépenser 1,7 milliard en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique pour nettoyer des « puits orphelins » — des puits de pétrole et de gaz qui ont été abandonnés par leurs propriétaires souvent en faillite sans être assainis.

Des documents fédéraux indiquent que le programme s’appliquera à 4700 puits orphelins en Alberta et à 950 autres en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. Il devrait également couvrir 91 000 puits inactifs en Alberta et 48 000 autres sites de ce type en Saskatchewan et en Colombie-Britannique.

Ottawa prévoit également 750 millions supplémentaires pour aider à réduire les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre qui s’échappe des installations énergétiques.

M. Trudeau a déclaré que l’argent soutiendrait 10 000 emplois à travers le pays.

Des dirigeants provinciaux ont remercié Ottawa pour le financement, mais ont soutenu qu’il faudrait en faire plus.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a remercié le gouvernement fédéral. Il a dit croire que le programme créerait des emplois dont le secteur avait besoin et stimulerait l’économie.

« Cela permettra un élan pour le travail de remise en état de puits à travers la province, que nous espérons commencer immédiatement », a dit M. Kenney.

« Il s’agit d’une bouée de sauvetage importante pour des centaines de compagnies, grandes et petites. Cela donnera un nouveau souffle à plusieurs communautés rurales. »

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a déclaré que le gouvernement fédéral avait « franchi une première étape positive en fournissant des soutiens indispensables à une industrie vitale ».

« Cependant… nous n’avons pas été informés s’il s’agit d’une première démarche de soutien à notre industrie énergétique, ou de la seule », a-t-il ajouté.

Dans une annonce distincte, la banque fédérale de développement des exportations a déclaré qu’elle augmenterait son soutien à l’industrie. Peu de détails ont été fournis.

Le nettoyage de puits fait partie de l’industrie des services pétroliers et les entrepreneurs ont l’équipement, le personnel et l’expertise nécessaires pour se rendre sur le terrain immédiatement, a déclaré Mark Scholz, de l’Association canadienne des entrepreneurs en forage pétrolier.

« Cela fournit en quelque sorte une bouée de sauvetage à certains de ces entrepreneurs qui peuvent assumer des travaux qui constituaient auparavant une plus petite partie de leur entreprise. Cela mettra sans aucun doute plus de plateformes sur le terrain », a affirmé M. Scholz.

L’industrie avait tout de même demandé une aide beaucoup plus large.

Dans une lettre transmise le 27 mars au ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, le PDG de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan, soutient que le secteur canadien de l’énergie fait face à une crise financière sans précédent à cause de l’effondrement mondial des prix du pétrole.

D’autres membres de l’industrie ont proposé une aide visant directement à maintenir les entreprises en vie.

Le Business Council of Alberta a demandé des prêts sans intérêt, des garanties de prêt, la suspension des principaux paiements sur des prêts existants et la suppression, pour une période intermédiaire, de la possibilité pour les banques de recouvrer les créances.

L’organisme albertain a également écrit une lettre au gouvernement fédéral lui demandant d’acheter des entreprises en difficulté.

Keith Stewart, de Greenpeace, a dit croire que le fait de cibler les dépenses sur le nettoyage allait effectivement contribuer à un retour au travail.

« Nous avons exhorté le gouvernement Trudeau à venir au secours des gens et non des pollueurs et l’annonce d’aujourd’hui est un pas dans cette direction », a-t-il déclaré.

Merran Smith, de Clean Energy Canada, a qualifié ces dépenses d’« approche intelligente ».

« Cela envoie un signal important que le gouvernement fédéral n’a pas l’intention de renoncer à son plan climatique », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

« (Il est) enclin à orienter les sauvetages et, nous l’espérons, les efforts de relance ultérieurs, vers des activités qui sont conformes à ses engagements climatiques et qui réduiront la pollution », a ajouté Mme Smith.

M. Stewart a affirmé que les municipalités et les Premières Nations devraient être consultées avant de déterminer où iront les fonds en priorité.

« (Les entreprises) devraient, par exemple, être en règle dans leur paiement des taxes municipales », a-t-il relevé.

Ottawa devrait aussi exiger à l’Alberta des échéances sur les nettoyages de puits, a-t-il suggéré.

Émissions de méthane

Le gouvernement fédéral a déclaré qu’il prévoyait de réduire les émissions de méthane du Canada de 40 à 45 % par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2025. Il a créé des règlements pour y parvenir, mais a donné aux provinces la possibilité de proposer leurs propres règles pour atteindre le même résultat.

La Colombie-Britannique et l’Alberta l’ont fait, mais des analystes estiment que les propositions sont plus faibles que celles d’Ottawa.

Des réductions sont réalisées en inspectant les sites pour détecter les fuites de méthane. Les règles fédérales exigeraient des inspections au moins trois fois par an. La Colombie-Britannique exigerait des inspections une fois par an.

L’industrie a déclaré que la meilleure façon d’atteindre l’objectif fédéral est de laisser les producteurs se concentrer sur un objectif global au lieu d’exiger des tests standard pour toutes les installations. L’ACPP soutient que de s’attarder aux plus grands émetteurs au lieu d’imposer des inspections mur à mur permettrait de meilleurs résultats.