(New York) Bank of America, Citigroup et Goldman Sachs ont à leur tour brossé mercredi un tableau sombre de l’économie américaine, mise à l’arrêt par la pandémie de coronavirus, en mettant de côté des milliards de dollars pour couvrir une avalanche attendue de prêts non remboursés des particuliers et des entreprises.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

Les trois banques ont envoyé un message semblable à celui délivré la veille par leurs rivales JPMorgan Chase et Wells Fargo, à savoir que le plus dur est à venir.

David Solomon, le PDG de Goldman Sachs, conseille aux clients de la firme « d’espérer que la situation s’améliore, mais de se préparer au pire », a-t-il déclaré lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers.

Près de douze ans après la crise financière, les banques ont toutefois tenu à préciser qu’elles disposaient de suffisamment de liquidités pour résister à la crise sanitaire actuelle.

Bank of America a provisionné 4,8 milliards de dollars, le montant le plus élevé depuis 2010, ce qui a fait chuter son bénéfice net de 48,4 % à 3,5 milliards au premier trimestre.

Cette somme inclut une charge de 1,1 milliard de dollars pour des prêts non remboursés par des entreprises.

Le profit de Citigroup a plongé de 46,6 % à 2,5 milliards après une provision de 7 milliards de dollars pour parer aux futurs impayés des clients.

« Nos résultats du premier trimestre ont été impactés de façon significative par la pandémie de COVID-19 », a justifié le directeur général Michael Corbat.

Citigroup est en train d’imaginer en interne différents scénarios de détérioration de l’économie, allant d’une hypothèse avec un taux de chômage qui bondit jusqu’à 15 % et une contraction du PIB de 40 %.

La firme, qui a observé une chute de 30 % des dépenses réalisées avec ses cartes bancaires, envisage de réduire ses dépenses marketing entre autres pour faire face.

Signe de l’ampleur des dégâts : Goldman Sachs a dû provisionner 937 millions de dollars, soit plus de quatre fois le montant qu’elle estimait nécessaire il y a un an pour faire suppléer aux défauts de paiement des clients.

Cette somme est importante dans la mesure où Marcus, sa plateforme de prêts et dépôts à destination du grand public, existe seulement depuis 2016 et que son activité demeure faible comparée aux activités de financement de l’économie de ses rivales.

Le bénéfice net trimestriel a ainsi été divisé par près de deux, à 1,1 milliard de dollars.

La spéculation se distingue

La situation ne devrait pas s’arranger dans les prochains mois, a prévenu Paul Donofrio, le directeur financier de Bank of America, alors que des experts espèrent une légère amélioration en raison du plan de 2200 milliards de dollars promulgué fin mars par Donald Trump pour soutenir l’économie.

« Au vu de l’augmentation des demandes d’inscription au chômage, nous anticipons une croissance des défaillances des consommateurs en fin d’année, avec la possibilité que ça s’étale en 2021 », a déclaré M. Donofrio, lors d’une conférence téléphonique d’analyse des résultats.

L’arrêt brusque de l’activité économique aux États-Unis mi-mars a été suivi de la fermeture de milliers de commerces et de PME. Les usines sont à l’arrêt.

Les grandes entreprises, en quête de trésorerie, se sont précipitées pour avoir accès immédiatement aux lignes de crédit que leur avaient ouvert les banques pour éviter de faire faillite.

Quelque 16 millions d’Américains se sont inscrits au chômage fin mars et début avril. De nombreux ménages et PME ont du mal à payer leurs factures, leurs crédits à la consommation et à honorer leurs mensualités.

L’économie a continué à envoyer des signaux négatifs mercredi : les ventes au détail ont chuté en mars, tandis que l’activité manufacturière dans la région de New York est ressortie à son plus bas historique en avril.

Face à cette morosité, Bank of America a par exemple autorisé ses clients à reporter jusqu’à trois mois les mensualités de la plupart de leurs prêts. Environ 16 % des PME clientes ont déjà demandé à bénéficier de cette mansuétude.

Si les crédits sont devenus un casse-tête, les banques peuvent compter sur les activités spéculatives.

Le chiffre d’affaires trimestriel de Citigroup a augmenté de 11,6 %, grâce à un bond de 37 % des revenus des activités spéculatives, notamment du courtage des produits financiers liés aux matières premières, devises et obligations (Fixed Income).

La même activité de « Fixed Income » a vu ses recettes bondir de 33 % chez Goldman Sachs.