Avec la réouverture partielle mardi de l’usine d’Olymel de Yamachiche, qui a fermé ses portes pendant deux semaines en raison de nombreux cas de COVID-19, et le ralentissement des activités dans d’autres installations de l’entreprise, notamment à Saint-Esprit, Ange-Gardien et Vallée-Jonction, près de 60 000 porcs n’ont pas pris le chemin de l’abattoir au cours des deux dernières semaines, selon les Éleveurs de porcs du Québec.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Normalement, le Québec a la capacité d’abattre 160 000 cochons sur une base hebdomadaire. À elle seule, l’usine de Yamachiche peut abattre chaque semaine 28 000 porcs. Toutefois, son ouverture partielle prévue mardi lui permettra une fréquence d’abattage d’environ 4000 cochons par semaine. « Tout ça se traduit par un surplus de porcs non abattus », indique Jean Larose, directeur général des Éleveurs de porcs. Pour le moment, ceux-ci sont donc contraints de garder ces bêtes « en attente » dans leurs bâtiments.

« Si tout ça perdurait, ça pourrait causer des problèmes, admet M.  Larose. Les scénarios envisagés pourraient aller jusqu’à l’euthanasie. » Il croit toutefois que les éleveurs n’auront pas à avoir recours à ces moyens et que l’on assistera bientôt à un retour à la normale. « On croise les doigts, ajoute-t-il. On est confiants que tranquillement, tout va se remettre en place et que les risques de fermetures [d’usines] vont s’amenuiser. »

On tente également de trouver des moyens pour vendre le surplus de bêtes ailleurs au pays, comme en Alberta et au Manitoba, où l’industrie de l’abattage ne connaît pas de ralentissement, souligne M.  Larose.

Réouverture de Yamachiche

Par ailleurs, après avoir cessé toute activité pendant deux semaines à son usine de Yamachiche, située en Mauricie, Olymel a annoncé samedi que les activités reprendraient progressivement cette semaine. Rappelons qu’une centaine de cas de COVID-19 y ont été recensés. Au cours des derniers jours, de nombreuses modifications ont été apportées à l’intérieur de l’usine, notamment avec l’installation de cloisons en plexiglas pour les chaînes de montage où les employés ne peuvent respecter une distanciation de deux mètres. Des masques et des visières devront également être portés par les travailleurs. Des mesures semblables ont été mises en place dans les autres usines de l’entreprise.

Mardi, à Yamachiche, on accueillera les employés qui font de l’abattage. Ceux de la découpe rentreront au boulot le mercredi. En tout, ce sont 400 personnes qui reprendront du service, informe Richard Vigneault, porte-parole d’Olymel. Normalement, l’usine accueille plus de 1000 employés.

« Il faut retrouver un rythme, souligne M.  Vigneault. C’est une réouverture graduelle. Il n’y aura pas de quart de travail de soir. »

Par ailleurs, les usines de Saint-Esprit, dans Lanaudière, où l’on dénombre 23 cas, de Vallée-Jonction, en Beauce (5 employés infectés et 46 en isolement), et d’Ange-Gardien (50 cas), en Montérégie, connaissent également un ralentissement de leurs activités, confirme Richard Vigneault. Selon lui, sur un total de 37 établissements au Québec et ailleurs — comprenant usines et centres de distribution —, on dénombre des cas de COVID-19 à sept endroits.

Nouvelles mesures

Par ailleurs, les nouvelles mesures mises en place à Yamachiche sont bien accueillies par le syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui représente les employés d’Olymel. « Nous, on a fait nos revendications, rappelle Roxane Larouche, responsable des communications au Québec pour le TUAC. On a dénoncé la situation. »

« On est heureux que l’usine rouvre, ajoute-t-elle. Les mesures de sécurité ont été renforcées. Les employés vont arriver dans une usine complètement aseptisée. »

Pour sa part, la Fédération du commerce (FC-CSN) dénonce le fait que les moyens visant à protéger les travailleurs de l’industrie de l’abattage soient très « inégaux » d’une entreprise à l’autre. Dans une lettre qu’il a fait parvenir au premier ministre du Québec, François Legault, la semaine dernière, le président de la Fédération, David Bergeron-Cyr, déplore le fait que l’on demande aux entreprises de « respecter une distance de deux mètres entre les personnes uniquement ‟dans la mesure du possible », ce qui leur donne trop de marge de manœuvre », soutient-il.

« Il faut comprendre que souvent, pour que cette mesure puisse s’appliquer, l’entreprise doit diminuer la vitesse de la chaîne de production, a-t-il écrit. Plusieurs employeurs seront donc tentés d’utiliser d’autres moyens de protection, moins efficace que la distanciation sociale, afin de ne pas ralentir leurs opérations. »