Le « Panier Bleu » ne constitue peut-être pas une solution miracle, mais pour certains détaillants, l’initiative leur permettra de traverser la tempête provoquée par la pandémie de COVID-19 plutôt que de mettre la clé sous la porte, estiment des spécialistes du commerce de détail.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Dans l’ensemble, la plateforme non transactionnelle — un organisme sans but lucratif — qui répertorie les détaillants québécois a reçu un accueil plutôt favorable depuis qu’elle a été dévoilée, dimanche, par le gouvernement Legault. On y retrouve les informations, ainsi que le lien vers le site web, où étaient inscrits plus de 1100 détaillants en fin de journée, dimanche. Cette liste devrait s’allonger au fur et à mesure que les entrepreneurs auront rempli le formulaire d’inscription en ligne.

Après avoir été temporairement inaccessible la veille en raison d’un achalandage trop important, le site « lepanierbleu.ca » ne semblait pas éprouver les mêmes difficultés techniques lundi après-midi.

Dans la foulée de la prolongation jusqu’au 4 mai de la pause forcée au Québec, il s’agit d’une visibilité inespérée pour plusieurs entreprises, a estimé Francine Rodier, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, au cours d’une entrevue téléphonique.

« Je pense que ça va donner des ailes à des détaillants qui tentent de survivre, a-t-elle expliqué. La petite entreprise qui n’avait pas les moyens d’être vue aura accès à une vitrine qu’elle n’aura jamais autrement eue. »

Charles de Brabant, directeur exécutif de l’École Bensadoun de gestion du commerce au détail de l’Université McGill, s’est montré du même avis.

Dans un contexte où ce sont les nouvelles entourant la propagation du nouveau coronavirus qui retiennent l’attention, il est très difficile pour un détaillant de plus petite taille d’être en mesure de se démarquer, a-t-il dit au bout du fil.

Au moment où le premier ministre François Legault invite les Québécois à encourager les détaillants locaux afin de les épauler, il faudra voir si les consommateurs suivront cette recommandation alors que plusieurs d’entre eux risquent également de devoir se serrer la ceinture.

Avec un budget plus serré, est-ce que les consommateurs accepteront de payer davantage pour un produit québécois ? Peut-être pas toujours, selon Mme Rodier et M. de Brabant, qui s’attendent néanmoins à des changements de comportement.

« Est-ce que l’on achètera québécois pour 100 % de nos achats ? Probablement pas, a dit l’expert de McGill. Mais peut-être que pour 10 % de mon panier, je serai en mesure de faire un effort. »

Dimanche, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, faisait valoir que « si chaque foyer québécois achetait 5 $ de plus par semaine de produits québécois, ce serait 1 milliard (de plus) dans l’économie locale. »

Étant donné que chaque détaillant est responsable du volet transactionnel, Mme Rodier espère voir Québec offrir les ressources nécessaires afin de les épauler.

« Il ne faut pas que le “Panier Bleu” mène vers des sites où les moyens (technologiques) ne sont pas là, a prévenu la spécialiste. Souvent, les petits détaillants n’ont pas les moyens et l’expertise pour mettre en place ces sites. Je crois qu’il doit y avoir une équipe dédiée (pour leur donner un coup de main). »

Pour les deux enseignants, l’ensemble des détaillants québécois devraient avoir accès à la nouvelle plateforme, même s’ils ne proposent pas des produits entièrement fabriqués au Québec.

Sur cet aspect, il serait possible, par exemple, d’offrir plus de détails sur la traçabilité des produits afin que les consommateurs puissent avoir toute l’information en main.

« J’aurais tendance à dire qu’aujourd’hui, on veut sauver l’économie et promouvoir les entreprises d’ici, a observé M. de Brabant. À mon avis, il serait vraiment dommageable de seulement offrir cette vitrine à des entreprises qui fabriquent tout au Québec. Dans certains secteurs, ce n’est tout simplement pas possible. »

Celui-ci a donné l’exemple du détaillant Simons, qui est établi dans la province et qui contribue à l’économie même si certains produits sont fabriqués à l’étranger.