(Montréal) Malgré l’avis défavorable du Bureau de la concurrence du Canada, les analystes s’attendent toujours à ce que la prise de contrôle de Transat A. T. par Air Canada se concrétise, notamment en raison des turbulences provoquées par la pandémie de COVID-19.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

En dévoilant ses conclusions vendredi, en fin de journée, l’organisme fédéral avait notamment prévenu que la transaction, si elle allait de l’avant, risquait d’avoir une incidence négative sur 83 liaisons, dont 49 entre le Canada et l’Europe ainsi que 34 autres vers les destinations soleil, en Floride, au Mexique, en Amérique centrale ainsi que dans les Caraïbes.

Selon le Bureau, l’acquisition de 720 millions, ou 18 $ pour chaque action du voyagiste québécois, permettrait à Air Canada de détenir une part du marché transatlantique de 60 % depuis le Canada et de représenter quelque 45 % de la capacité sur certaines destinations soleil.

L’analyste Chris Murray, d’Altacorp Capital, a rappelé, dans une note, que l’organisme fédéral avait brossé son portrait avant que ne se propage le nouveau coronavirus à travers le monde — ce qui a eu d’importantes répercussions sur les activités des compagnies aériennes.

« Nous considérons toujours ce regroupement comme l’un des plus avantageux pour toutes les parties prenantes […] alors que nous envisageons plusieurs scénarios où un refus (des autorités fédérales) d’approuver la transaction aurait des conséquences négatives importantes, en particulier dans la foulée de la pandémie de COVID-19, pour les (deux) compagnies et l’industrie », a-t-il écrit.

L’avis du Bureau fait partie des rapports qui seront évalués par les autorités fédérales avant de trancher. Transports Canada a jusqu’au 2 mai pour remettre son évaluation au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. Ottawa devrait décider d’ici la fin du mois de juin, selon l’échéancier initial.

À l’instar de la plupart de ses homologues, Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, s’est montré confiant de voir la transaction se concrétiser tel que prévu cette année.

Dans une note envoyée à ses clients, l’analyste a indiqué s’attendre à voir les autorités donner leur aval au regroupement en soulignant que les deux entreprises étaient prêtes à collaborer afin d’apaiser certaines craintes du Bureau, notamment en ce qui a trait à leur emprise sur les plages horaires dans plusieurs aéroports.

Par exemple, WestJet, qui tente de s’établir à l’international en ajoutant des liaisons transatlantiques, pourrait être intéressée aux plages détenues par Transat A. T, a expliqué M. Poirier.

« Plus important encore, l’impact de la COVID-19 sur l’industrie du transport aérien constituera un facteur important à considérer dans l’analyse (des autorités), a écrit l’analyste. Nous croyons que la transaction proposée devrait aider l’industrie canadienne à se relever, ce qui constitue un élément qui joue en sa faveur. »

À l’échelle mondiale, les turbulences provoquées par le nouveau coronavirus pourraient se traduire par des pertes de revenus supérieures à 250 milliards US, avait estimé la semaine dernière l’Association internationale du transport aérien, en mettant à jour ses prévisions.

Dans une note publiée lundi, l’économiste principal à l’Institut économique de Montréal, Gaël Campan, a plaidé pour la prise de contrôle de la société mère d’Air Transat par Air Canada, ce qui viendrait améliorer ses probabilités de relance après la crise.

« Même après l’acquisition (de) Transat, Air Canada demeurerait un groupe modeste par rapport aux leaders mondiaux et aux pôles les plus importants, a-t-il souligné. Toutefois, elle aurait une meilleure chance de se battre à armes égales dans l’arène mondiale, de croître et de prospérer, ceci à l’avantage de ses employés, de ses actionnaires et, ultimement, des voyageurs. »

À la Bourse de Toronto, le titre de la société mère d’Air Transat cotait lundi à environ 8,95 $, en baisse de 5,7 %, ou 54 cents, alors que celui d’Air Canada reculait de 34 cents, ou 2 %, pour se négocier à 16,41 $.