(New York) Boeing a annoncé jeudi la démission surprise de son conseil d’administration de Nikki Haley, ancienne ambassadrice de Donald Trump aux Nations unies, opposée à la demande de sauvetage public formulée par l’avionneur pour faire face à la pandémie de coronavirus terrassant l’aviation civile.

Agence France-Presse

Mme Haley, à qui l’on prête des ambitions présidentielles, quitte Boeing moins d’un an après son arrivée. Elle avait été nommée membre du conseil d’administration en avril 2019, une nomination contestée par les experts de l’aéronautique, qui y voyaient le déclin de l’influence des ingénieurs chez Boeing au profit des financiers et des politiques.

Sa démission est effective immédiatement, a précisé Boeing dans un document adressé au gendarme de la Bourse, la SEC.

Elle intervient à un moment charnière pour le constructeur aéronautique, confronté à deux crises.

D’un côté, Boeing est toujours englué dans les déboires du 737 MAX, cloué au sol depuis plus d’un an après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts. La facture a déjà dépassé les 18 milliards de dollars et devrait encore grimper, en raison des plaintes de familles de victimes et des incertitudes entourant la remise en service du MAX.

La pandémie de coronavirus a ouvert un second front. Les compagnies aériennes, qui ont dû interrompre les vols transatlantiques, ont suspendu toute livraison d’avions et reporté les commandes de nouveaux appareils.

Boeing, qui n’a toujours pas suspendu la production dans ses usines, n’enregistre plus vraiment de revenus.

Le groupe s’est tourné vers le gouvernement fédéral et a demandé un plan de sauvetage d’au moins 60 milliards de dollars.

Boeing « a informé le conseil des différentes options sur la table. L’ambassadrice Haley a alors fait savoir que, par principe, elle ne pensait pas que la société devrait demander l’aide du gouvernement fédéral et par conséquent elle démissionnait », explique l’avionneur.

Interrogé par l’AFP si d’autres membres du conseil, qui compte Caroline Kennedy, l’ancienne ambassadrice des États-Unis au Japon sous Barack Obama, avaient manifesté leurs réticences à une intervention publique, un porte-parole n’a pas souhaité commenter.

« Nous avons apprécié son travail au conseil et lui souhaitons une bonne continuation », a-t-il préféré répondre au sujet de Nikki Haley.

Le possible sauvetage de Boeing avec l’argent des contribuables soulève une polémique aux États-Unis, où un grand nombre d’experts estiment que ce sont les choix du groupe qui l’ont plongé dans la situation actuelle.

Un renflouement devrait par conséquent se faire selon les termes du gouvernement fédéral, certains évoquant même une entrée au capital de ce dernier.

L’action Boeing n’a cessé elle de chuter, de sorte que la capitalisation boursière était à 55 milliards de dollars jeudi, exposant le groupe à une possible offre publique d’achat.