(Montréal) Pour de nombreuses entreprises publiques et autres organisations, le printemps est la saison des assemblées annuelles, mais les craintes liées à la propagation de la COVID-19 viendront bousculer ces rendez-vous.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Les mesures décrétées par Québec pour contenir la COVID-19 ont incité vendredi le Mouvement Desjardins à modifier la formule de ses assemblées générales annuelles, auxquelles participent environ 1000 personnes et qui devaient se tenir les 27 et 28 mars à Québec.

Entre-temps, certaines entreprises du Québec inc. ont déjà pris des mesures ou s’apprêtent à le faire.

Pour Desjardins, la partie fermée de l’événement se tiendra de façon virtuelle alors que le volet public, qui concerne notamment les élections, dont celle du conseil d’administration, sera reporté à l’automne, en marge du 24e congrès.

« Plusieurs options ont été envisagées, d’un point de vue technique, cela était complexe », a expliqué un porte-parole du groupe coopératif financier, Jean-Benoît Turcotti, lorsqu’interrogé quant à savoir si les assemblées auraient pu être entièrement virtuelles.

Les changements annoncés vendredi retarderont également le versement des 317 millions en ristournes aux membres.

Desjardins a demandé à toutes ses 207 caisses réparties au Québec et en Ontario de reporter leurs assemblées annuelles. Celles-ci doivent voter sur le projet de versement de ristournes avant que les membres puissent recevoir les sommes auxquelles ils ont droit.

Plus tôt cette semaine, la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) a annoncé que son assemblée annuelle des actionnaires du 28 avril se déroulera « uniquement » sur le web, expliquant notamment que cela « minimise » le risque sanitaire.

À la Banque Laurentienne et la Banque Nationale, qui prévoient tenir leurs rendez-vous annuels respectivement les 7 et 24 avril à Montréal, le format habituel sera vraisemblablement modifié.

« Il y aura clairement des ajustements, a expliqué par courriel une porte-parole de la Nationale, Marie-Pier Jodoin, sans fournir plus de détails. La réflexion se poursuit de notre côté. »

Diverses options sont également évaluées du côté de la Laurentienne, a indiqué par courriel la porte-parole Hélène Soulard, indiquant que bon an mal an, une « centaine de personnes » prenaient part à l’assemblée annuelle des actionnaires.

Ailleurs dans le Québec inc., Bombardier et SNC-Lavalin, qui devraient rencontrer leurs actionnaires en mai, n’avaient pas de changements à annoncer vendredi.

Il n’y a pas que dans la province que la COVID-19 a incité des compagnies à renoncer à tenir une assemblée traditionnelle. Dans un document récemment déposé auprès des autorités réglementaires, la société énergétique Enbridge avait annoncé que son rendez-vous du 5 mai serait uniquement en ligne.

Plus tôt ce mois-ci, Andrew MacDougall et John Valley, du cabinet d’avocats en droit corporatif Osler Hoskin Harcourt, ont écrit, dans une note, que les craintes liées au coronavirus risquaient d’inciter les compagnies à se tourner vers des assemblées virtuelles.

« Bien qu’historiquement extrêmement rares au Canada jusqu’à ces dernières années, ces rendez-vous sont en croissance aux États-Unis depuis 2009 », ont-ils souligné.

Le cabinet a noté que Broadbridge Financial Solutions, une entreprise qui organise ce type d’assemblées, dit avoir organisé 326 rendez-vous en ligne aux États-Unis l’an dernier.

Au pays, Canada Goose et Brookfield Property Partners ont déjà opté pour une assemblée exclusivement virtuelle, alors que d’autres sociétés, comme Barrick Gold et le Groupe TMX, ont préféré une forme hybride, où les dirigeants sont présents à un endroit avec d’autres personnes.

Au Québec, la Loi sur les sociétés par actions prévoit qu’une assemblée peut être tenue « uniquement par un ou plusieurs moyens permettant à tous les participants de communiquer immédiatement entre eux », ce qui permet la tenue des rendez-vous virtuels.

Toutefois, le règlement interne de chaque compagnie cotée en Bourse doit permettre cette possibilité. Autrement, le conseil de la compagnie en question devra adopter un changement.